L’affaire des cols rouges : Drouot contre-attaque

L’hôtel des ventes parisien s’est porté partie civile dans le procès des anciens manutentionnaires (les célèbres « cols rouges »), qui s’est ouvert le 14 mars dernier à Paris. Après six ans d’enquête l’affaire touche à sa fin…

Ce sont quarante-trois manutentionnaires de l’Union des commissionnaires de l’hôtel des ventes (UCHV), quatre commissaires-priseurs, Éric Caudron, Claude Boisgirard, Hubert Brissonneau et Olivier Choppin de Janvry, ainsi que la maison de ventes aux enchères Lartique, qui comparaissaient ce lundi 14 mars pour « vol en bande organisée » devant le tribunal correctionnel de Paris.

C’était de la « yape », un « pourliche » dans le phrasé de la maison de ventes, que les commissionnaires s’allouaient en toute discrétion lors des inventaires et des enlèvements. Regroupés dans une corporation oldschool depuis 1832, ils se partageaient le monopole de Drouot sans pression. Ces Savoyards, nombre d’entre eux venant de cette région montagneuse, avaient un oeil sur tout ce qui entrait ou sortait des salles rouges. Avec l’aide de quelques commissaires-priseurs peu regardants sur l’origine de certains biens, ils organisaient une sorte de marché parallèle de l’art. On n’est pas dans les Affranchis mais pas loin. Tout avait commencé pour l’OCBC en février 2009, quand une information anonyme tombe sur leur bureau : un manutentionnaire s’apprête à faire passer aux enchères une toile de Courbet, disparue en 2003, et estimée pas loin de 100 000 euros. Les policiers ne tombent pas de haut, depuis des années une rumeur courait sur les méthodes à la Corleone de certains cols rouges.

Après des écoutes et des filatures, ils arrivent au pactole ou plutôt à la caverne d’Ali Baba : un entrepôt tout bizarre à Bagnolet où étaient stockées 250 tonnes d’objets volés. De l’aspirateur à des gravures de Chagall, des meubles Fly à des tableaux de Picasso. Interrogé, le personnel de Drouot assurait fermer les yeux sur ces pratiques, jugeant qu’en gros « c’était pas bien grave, c’était pour arrondir les fins de mois de ces manut’ ». Sans blague ! Avec un Courbet et les fringues du Mime Marceau, le concept de fins de mois difficiles en devient presque drôle. La cible préférée pour une bonne « yape » ? Une vieille personne seule qui vient de décéder. Le commissaire-priseur faisant un inventaire léger, tout ce qui n’était pas noté pouvait partir en « pourboires ».

Ce qui semble clair c’est que beaucoup de monde « croquait » dans l’histoire, autant les commissionnaires que les CP qui étaient parfois bien contents de gonfler leurs ventes avec des objets vendus par les cols rouges…

Affaire à suivre, vu la masse de données et le nombre de personnes concernées, les trois semaines de procès risquent de remuer encore beaucoup l’hôtel Drouot.

Crédits et sources photographiques : Le Monde/Les Echos/Groupe Mobilis/Le Figaro.

Les commentaires sont fermés.