L’arabe du futur, une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984) – Riad Sattouf (2014)

La première lecture de l’Arabe du Futur m’a laissée confuse. Je l’ai lu l’année dernière, avant son prix du Fauve d’Or du Festival d’Angoulême, (avant qu’il soit cool, hipster) et je l’ai relu cette semaine, toujours un peu troublée par cette première impression vraiment étrange.

L’œuvre de Riad Sattouf est ce que l’on pourrait qualifier de roman graphique, à savoir une bande dessinée généralement sérieuse et longue, destinée à un public adulte. Je n’ai lu que deux autres œuvres du genre, celles de Maus d’Art Spilgeman, et Persepolis de Marjane Satrapi. Ces trois œuvres ont comme point commun un sujet autobiographique, lié à des situations historiques bien précises. L’une traite de la Shoah, l’autre des conflits entre Israël et les pays arabes, et la troisième de la montée du socialisme arabe, mouvement anticolonialiste et anti-impérialiste.

L’histoire : Riad Sattouf est un jeune garçon blond comme les blés, qui fascine toutes les personnes qu’il croise, par sa beauté. Et il en croise beaucoup puisqu’il évolue entre la Libye, la France et la Syrie. L’histoire se déroule alors que Kadhafi dirige la Lybie, et Hafez El-Assad la Syrie.

Je ne peux pas tout à fait associer l’Arabe du futur aux deux autres œuvres citées plus haut, parce que le narrateur observe le monde, uniquement avec un regard d’enfant. Même avec notre lecture d’adulte, et une compréhension accrue des événements auxquels ce bel enfant blond assiste, ce regard naïf d’enfant domine. Il dirige la lecture sur un mode ahuri et onirique.

C’est cette impression de flou que j’ai conservée à l’issue de la première lecture. Elle est renforcée par le choix de la palette de couleurs. Les dessins sont en noir et blanc. Trois couleurs sont tout de même présentes et associées aux trois pays : les ombres sont jaunes en Libye, bleues en France et roses en Syrie. Cette coloration est liée à l’enfant, qui perçoit différemment l’air de ces trois endroits. Il y est apparemment plus « piquant » en France.
Le dessin est plus stylisé que détaillé mais reste très agréable. Le découpage est bien fait, l’auteur prend son temps pour retranscrire le mieux possible ses souvenirs d’enfant. Le rythme assez lent rend compte de situations complexes, à la fois sur le plan politique, religieux mais surtout personnel. Riad est souvent perdu entre le français et l’arabe, et ses cheveux blonds l’associent aux yeux des plus jeunes, à un Juif, l’ennemi par excellence des enfants qui reprennent les idéologies des plus grands sans bien les comprendre.

Au-delà de mon impression générale, ce qui marque également à la première lecture, ce sont les deux parents de l’auteur. Le père est souvent rétrograde et raciste dans ses propos. Il est fermé au monde, et aveugle aux inquiétudes de son fils. Sa mère est complètement inerte et n’a aucune force de décision. Elle suit son mari sans hésiter, et ne fait rien pour défendre son fils ou contredire son mari qui, encore une fois, peut tenir des propos assez choquants.

Tout ça pour dire que cette œuvre m’a prise au dépourvu, mais vous la conseille malgré tout. C’est une histoire de famille divisée entre deux mondes, tous deux observés par des yeux d’un enfant. Il n’y a pas de critique de l’un ou de l’autre : Riad Sattouf rapporte simplement ce qu’il a vu. A la réflexion, je me demande si ce n’est pas ça qui m’a dérangée. Le point de vue est tout à fait subjectif sans être critique. Puisque l’on parle de régimes autoritaires, j’ai été inconsciemment choquée. Pas de critiques du régime de deux dictateurs ? Ah non, non, non, ça ne va pas du tout !

J’ai compris (enfin) que ce n’était pas du tout le but de ce jeune auteur. Il avait simplement à cœur de nous raconter son enfance particulière sans faire d’analyse géopolitique de la situation. Une fois que j’ai compris cela, j’ai pu aller de l’avant, lire cette histoire, et profiter de ses jolis dessins, de cette narration un peu étrange, et d’un talent réel pour créer un rythme lent, presque voluptueux.

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