L’art goût « fraise »

« L’utilisation du préservatif aggrave le problème du Sida »
Benoît XVI, le 17 mars 2009.

Voilà une punchline qui invite l’internaute à réfléchir quelques instants sur la profondeur de ces mots. Prenons le parti de dire que cette phrase est une aberration, que les choses soient claires, et qu’elle a suscité des réactions positives et négatives dans tous les milieux sociaux. Devant sa télévision, Niki Johnson observe l’interview du pape et s’insurge. « Si le successeur de Saint Pierre, guide des chrétiens du monde entier commence à jouer dans la provocation, autant faire pareil à mon niveau » aurait-elle pu se dire. L’idée germe dans son esprit, faire un portrait en hommage au pape en utilisant 17 000 préservatifs de couleurs différentes, et ainsi rejoindre les propos de Benoit XVI en terme de provocation et de mauvais goût.

270 heures de travail après, la toile est terminée et trouve preneur dans la région de Milwaukee aux Etats-Unis, forcément. Aussi tolérants que conservateurs, les américains possèdent ce « masque de Janus » qui leur permet de passer d’un strip-club de Las Vegas, à une église suprématiste, sans trop de problème. Le trait est grossier, mais néanmoins réel. Niki Johnson vend donc sa toile en 2012, quelques années après la polémique, à Joseph Pabst, philanthrope et défenseur des droits homosexuels aux Etats-Unis. Au printemps 2015, celui-ci décide de céder l’œuvre intitulée « Eggs Benedict » au Milwaukee Art Museum qui va l’accepter dans sa collection permanente. La communauté religieuse s’empare du débat, articles interposés, menaces etc. Certes, cette provocation aux 17 000 préservatifs peut choquer, et doit choquer dans les limites de la liberté d’expression (qui n’est pas vraiment la même aux Etats-Unis qu’en France). Oui les arguments de l’archevêque Jerome Listecki font mouche : « Ok pour l’art provocateur contre notre communauté. Mais le musée accepterait-il la représentation de figures historiques et religieuses dans des poses pornographiques (sic) ? (…) Gandhi tenant un Uzi, Lincoln sous une cape du Klu Klux Klan ou Hitler avec une kipa lisant la Thora, dans ses collections au nom de l’art et de la beauté ? ». L’argument tient la route, si provocation et liberté d’expression il y a, elles devraient se faire sur toutes les communautés sans distinction. Le musée a répliqué il y a quelques jours, arguant que la toile servait d’illustration au débat sur le Sida, et qu’en aucun cas il était question d’offense directe contre la communauté catholique. Why not…

Pour ceux que ça intéresse (il y a de tout dans nos lecteurs on le sait bien, bande de coquins) je vous invite à aller voir le travail de Lilyloca pour Nahimana, où quand l’art s’invite sous les draps à travers un kit de préservatifs alliant design et raffinement. Oui ces deux mots dans une phrase parlant de préservatif, on est aussi surpris que vous, pourtant c’est vrai, jugez par vous-même et avouez que ça change des packagings glauques !

Et pour Niki Johnson

Sources et crédits photographiques : Patheos/Golem13/le Journal des Arts/Huffington Post/Milwaukee-Wisconsin Journal Sentinel/Niki Johnson.

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