L’art numérique à la King’s College Chapel de Cambridge

Faire une performance artistique dans une église donne un double avantage. Celui de profiter, dans un premier temps, d’un espace architectural absolument unique, soit une chapelle de près de 100m de long et de 30m de haut ; et de devenir aussi un lien dans l’Histoire

Miguel Chevalier a décidé de relever le défi et d’investir un des lieux les plus sacrés d’Angleterre avec une vidéo stratosphérique.

Art sacré et art profane

Bref rappel historique. En 1515 sous le règne d’Henry VIII, le bâtiment est achevé après 70 ans de travaux. Rapidement, la chapelle du King’s College s’impose comme étant une véritable merveille architecturale, avec notamment la plus grande voûte en éventail au monde (dont les nervures ont toutes la même courbe et sont équidistantes). Les vitraux d’origine flamande, d’une extrême finesse, participent à la renommée de ce lieu de culte qui accueille en son sein la jeune élite d’Angleterre. 

De nos jours, la grande majorité des églises semble glaciale. Le plus souvent vides, elles n’attirent plus les fidèles que pour les grands évènements, ou pour certaines oeuvres majeures qu’elles renferment encore (tableaux, vitraux, sculptures). Or à cette époque-là, il fallait les imaginer comme étant THE PLACE TO BE. L’église était le centre social et culturel des villes, c’est là où les gens se rencontraient et discutaient, écoutaient ensemble les sermons, et s’endormaient les uns contre les autres lors des messes trop longues. Mais au fil du temps, l’église a perdu de son attrait. 

Miguel Chevalier débarque contre cet état d’esprit, celui de la simple contemplation d’un lieu religieux, et il va tenter, avec cette performance, de réconcilier le public avec l’église. Pas si simple.

Retour aux sources

Depuis au moins 25 ans, certaines églises deviennent le temps d’une exposition, un lieu de rendez-vous artistique. C’est le cas en France, par exemple avec l’église Saint Eustache à Paris, ou Notre Dame de la Bonne Nouvelle. Installations visuelles ou sonores, les oeuvres présentées dans cet environnement cultuel subliment à nouveau l’action de l’homme, et lui redonne son côté mystérieux.

Dans le cas de l’installation de Miguel Chevalier, l’église se pare de décors majestueux, parfois en écho au passé de l’Angleterre (les blasons des différents duchés), mais aussi en allant dans des directions beaucoup plus mystiques : la nuit, les étoiles, l’eau et la nature. Ainsi, chaque image fait directement écho à l’essence même de l’église: la célébration de la vie. 

Il serait intéressant de voir que certains artistes contemporains tissent encore des liens entre leurs arts et les lieux de culte. Souvenez-vous de Leonor Hamill et sa biche dans l’église Saint Eustache, de Mohamed Reza et ses photographies de mosquées iraniennes, ou encore de Chemical X et ses cachets d’ecstasy dans une crypte. Il ne s’agit plus vraiment de provocation, mais de se réapproprier un lieu de cult(ure). L’artiste bouscule les codes, mais parfois, pour sublimer son art il revient à l’essentiel dans son rapport avec le public: exposer dans un espace de communion entre les gens. 

Amen et continuez à vivre dans le péché. 

Crédits photo et sources : Miguel Chevalier/Zeutch

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