L’ART URBAIN A DROUOT : Les arsouilles s’embourgeoisent et les bourgeois s’arsouillent

Lundi 27 juin à 14h, le street art quitte la rue pour s’installer dans les appartements de riches collectionneurs : on est loin des ados en crise qui parsèment les murs de leur philosophie incomprise – niklapolisse -, car « on écrit sur les murs les noms de ceux qu’on aime ». En effet, le 25 juin, le Crew, collectif formé de plusieurs graffeurs, « U .V. TPK » produira une performance unique devant l’Hôtel des ventes de Drouot : l’œuvre conçue sera ensuite offerte à un musée. Dans ce même cadre de Drouot, deux jours plus tard, aura lieu une vente aux enchères d’art urbain, le 27 juin donc.

Quelques prix dans les centaines d’euros, d’autres dans les dix/vingt mille, beaucoup dans les milliers d’euros. Les esprits ont le temps et le choix de s’échauffer, 139 lots sont proposés, parmi lesquels des œuvres de Guy Denning, Dolk, Maya Hayuk, Ludo, Bansky, Speedy Graphito, C215, Shepard Fairey, Futura 2000, Miss Tic, Daze … Certains de ces artistes ont connu des records lors de précédentes ventes, à l’exemple de Bansky qui a déjà atteint les 130 796 euros en 2012 pour Girl and balloon, 2005.

Les débats sont lancés sur la légitimité de garder ce titre de « street art », appellation qui connote un art transgressif, un vandalisme interrogateur, une action de gredin, une discipline utilisant la rue car elle en donne tout son sens.

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Du street art au bankable art

Pour apprécier plus encore cette vente, il faudrait remonter quelques années en arrière, quand ces mêmes graffeurs étaient poursuivis par les autorités pour dégradation des biens, punis de trois ans d’emprisonnement et de 50 000 euros d’amende. Il fait meilleur être anarcho-rebelle de la société de nos jours. L’art urbain a de moins en moins besoin de se cacher, les mentalités évoluent et les personnalités publiques se révèlent ardents défenseurs de cet art. Jérôme Coumet, maire du 13ème arrondissement de Paris  en fait partie. Il a permis le développement du street art officiel en accordant de nombreux espaces aux graffeurs, inaugurant un véritable musée public, ouvert à tous, à découvrir au gré des balades parisiennes. Vitry-sur-Seine, les 11ème et 13ème arrondissements … puis les galeries (Itinerrance, Brugier & Rigail), les expositions éphémères – la Tour 13 –. Et aujourd’hui les ventes aux enchères. L’art urbain a pris d’assaut la ville, les institutions publiques, le marché de l’art.

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A la découverte d’un art secret

Plus besoin de prendre le rer c pour apercevoir le temps d’un passage éclair une street œuvre qui en balance ! La vente aux enchères rend public et accessible aux moins aventuriers tout un art et sa technique : aérosol, pochoir sur bois, marqueur… En réalité, cet art est institutionnalisé depuis quasiment ses débuts dans les années 80 en s’exposant dans des musées ou des galeries. Mais il envahit le marché de l’art depuis peu. C’est l’occasion de renouveau, d’ouverture, d’aération dans un marché saturé qui laisse peu de places aux surprises qui faisaient la beauté des enchères. Le graffiti américain reste le favori, mais ces ventes sont aussi une opportunité pour découvrir d’excellents graffeurs français.

Infos pratiques

Samedi 25 juin, Drouot, 11h-18h : performance du collectif TPK-UV

Toujours Drouot, toujours le samedi 25 juin, 11h-12h : signature de la monographie de C 215.

Lundi 27 juin, 14h, salle 5, Drouot, vente aux enchères.

Exposition publique à partir du samedi 25 juin, 11h.

Le catalogue

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