L’Assassin Royal, L’apprenti assassin – Robin Hobb (1998)

Si tu pensais, avant de lire cette phrase, que Robin Hobb était le nom d’un homme, tu as beaucoup à apprendre. Robin Hobb est l’une des auteures d’Heroic Fantasy les plus connues au monde, et qui compte parmi ses nombreux fans le sieur George R.R Martin, qu’on ne présente plus (si tu ne sais pas qui il est, tu as VRAIMENT beaucoup à apprendre). Auteure américaine, elle est principalement connue pour sa série de livres L’Assassin Royal, dont le dernier tome vient de sortir en France, en mars dernier. La publication française et la publication américaine sont assez différentes : l’édition française a fait le choix de scinder en deux plusieurs tomes de la série. Ainsi, on arrive au 15e tome en France alors que seuls 8 sont sortis aux États Unis.

La série se divise en plusieurs cycles : le premier s’intitule sobrement L’Assassin Royal, le second Le Prophète Blanc, et le dernier Le Fou et l’Assassin. Dans mes lectures personnelles je suis arrivée au milieu du deuxième cycle, et n’ai donc pas lu le dernier tome pour vous, (faut pas exagérer, je vous aime bien mais quand même !), et de toute façon je ne vois pas l’intérêt de vous parler du dernier tome de la série, et de vous gâcher l’histoire, ce qui pourrait avoir comme résultat de voir ma tête promenée au bout d’une pique. Sans façon !

Je connais plutôt bien l’univers de Robin Hobb : même si je n’ai pas lu la série entière de L’Assassin Royal, je suis allée au bout d’une autre de ses sagas, Le soldat chamane. Un point commun se dégage de ses deux séries : Robin Hobb aime faire souffrir ses personnages. Dans L’Assassin Royal c’est supportable, et bien dosé. Dans Le soldat chamane, le héros s’en prend tellement plein la tronche que ça devient lassant. Je n’ai jamais vu un héros autant souffrir, c’est quasiment insupportable. J’imagine que c’est pour ça que George est fan … L’amour entre sadiques, mais aussi l’amour entre deux grands.

Car oui, Robin Hobb mérite largement sa place au rang des écrivains les plus connus et lus. Dans l’A.R, elle nous raconte l’histoire d’un univers moyenâgeux, le royaume des Six-Duchés, sur lequel règne la famille des Lonvoyants. Un jour, est amené au château un petit garçon, reconnu comme le bâtard de l’héritier du trône. Ce dernier renonce à son héritage le jour où il apprend l’existence de son fils illégitime. L’enfant, baptisé FitzChevalerie, ou Fitz, est élevé au château sous l’autorité du maître d’écuries, Burrich. Il comprend rapidement que le dessein du roi n’est pas de lui enseigner que les bonnes manières : le roi Subtil veut en faire l’assassin au service de la couronne. Il apprend, en secret, des techniques d’empoisonnement, le maniement de la lame, et d’autres pratiques plus mystiques. Sa formation s’effectue au moment où une menace pèse sur les frontières du royaume, et divise les dirigeants. Fitz va se révéler très utile pour faire taire ceux qui déplaisent …

Pour beaucoup, l’ensemble de L’Assassin Royal, et donc ce premier tome, est un pilier de la littérature du genre, un chef d’œuvre. Ce n’est pas mon cas, mais je reconnaîs à L’apprenti Assassin, le premier tome de la saga, le statut de très bon livre. Le personnage de FitzChevalerie entre dans un monde d’intrigues politiques, auquel il ne connaît rien. Il est formé par plusieurs maîtres, tous différents, tous intéressants, et développe une personnalité et des capacités très grandes. Il commet beaucoup d’erreurs, essuie beaucoup d’échecs, est contraint de faire des choses qui vont à l’encontre de ses principes moraux, tout en gérant les uns et les autres qui ne supportent pas de voir un bâtard présent au château.

Au-delà de cette problématique du héros, il y a pléthore de personnages secondaires, tous aussi fascinants les uns que les autres. On passe du maître d’écuries, aux fils du roi, à une fille de marchand, à de jeunes étudiants, à des professeurs, à des hommes cachés du monde, à des créatures presque inhumaines, et je pourrais continuer longtemps. Ils sont tous rendus très humains par leur faiblesse et leur souffrance, peu importe leur rang. Encore une fois, c’est le propre des personnages de Hobb : ils souffrent toute leur vie sans forcément en tirer quelque chose, et peuvent mourir tristement sans bruit. Mettons cet aspect de côté, car bien qu’omniprésent il est secondaire. Ce que vous devez retenir, c’est qu’ils sont très bien décrits, très attachants et tous différents. Malgré tous ces personnages qui souvent ne lui veulent que du bien, Fitz reste isolé de par sa situation de bâtard et d’assassin. Il est impliqué dans plusieurs alliances, malgré lui, qui parfois s’opposent et se chevauchent : il n’est qu’un pion entre les mains de puissants. Tous les personnages le feront souffrir à un moment ou à un autre, et il se retrouvera assez souvent seul et démuni, face à des machines infernales aux dimensions gigantesques.

Autre point très positif : on entre en un claquement de doigt dans l’histoire grâce à plusieurs facteurs. D’abord le style, sobre et efficace, assez descriptif, celui qu’il faut pour raconter une histoire. Ensuite, on pénètre dans l’univers par les yeux du petit Fitz qui découvre, en même temps que le lecteur, le monde des Six-Duchés. C’est diaboliquement efficace et crée un lien immédiat avec le héros. Cette impression originale se confirme rapidement : l’univers mis en place dans L’Assassin Royal est sublime ! Tant par le nombre de ses personnages, que par la complexité des intrigues politiques. Robin Hobb va au fond des choses, et développe le plus possible chaque aspect de son récit pour donner un plaisir de lecture maximal.

Le seul point noir reste l’absence d’humour. Mais il est compensé par tellement de qualités que franchement, ce n’est qu’un détail. Si vous avez bien tout suivi, normalement vous savez quoi lire cet été.

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