« L’autoroute du soleil à minuit » – Valentin Carron à la galerie Kamel Mennour

La galerie Kamel Mennour expose rue Saint-André des Arts l’œuvre de l’artiste suisse Valentin Carron. L’exposition intitulée « L’autoroute du soleil à minuit » rend hommage au très à la mode Marcel Duchamp. Valentin Carron est un artiste qui s’amuse avec les codes de l’art en se réappropriant le travail de ses prédécesseurs et contemporains. Il s’interroge sur le sens actuel du mot « profanation » et semble penser que, depuis quelques temps, il n’existe plus de frontières en art.

La démarche artistique de Valentin Carron est celle de l’appropriation : une méthode qui, au premier abord, peut paraître aller contre l’art, mais qui est pourtant pratiquée par de nombreux artistes. Marcel Duchamp, avec ses ready-made, s’employait à transfigurer les objets du quotidien pour exalter la poésie de la vie courante. Valentin Carron cherche également à dénaturer l’objet, sauf que, à l’inverse de Marcel Duchamp, lui tente de faire ressurgir l’aspect industriel de l’œuvre d’art ; Père et fils en est l’exemple parfait. Réinventer le ready-made de Duchamp, rendre hommage au maître de toute une génération d’artistes : tel est l’objectif de Valentin Carron. Les références de l’artiste suisse surpassent cependant le « mainstream » artistique puisqu’il s’est également inspiré du travail d’André Gigon et d’André Tomasini pour réaliser les deux sculptures exposées dans la galerie.

La création n’est plus mise sur un piédestal. L’« idée » dont parlait Panofsky n’a plus sa place chez Valentin Carron, qui pense que l’art a quelque chose d’archéologique. L’artiste est un archiviste qui se sert de sa notoriété pour faire connaître d’autres créateurs. Par sa démarche, il cherche également à aider et se place comme le père d’artistes qui n’ont pas encore eu la chance d’être reconnus. Or, le paternalisme inhérent à Valentin Carron est total, et quand bien même il tente d’aider bénévolement ses camarades, il s’érige en figure phallocrate. Le regard arbitraire du suisse s’impose. L’artiste est le détenteur de la vérité et, par conséquent, du pouvoir. Sa volonté machiavélique de gouverner se traduit dans l’œuvre Belt hanging on the wall. Cette salle avec des ceintures qui pendent aux murs a une connotation masculine qui renvoie aux « stables » et, par analogie, aux chevaux: animaux qui, par nature, ont du brio et une masculinité inébranlable. Autres images de pouvoir sont les sculptures exposées dans l’espace public, à la vue de tous. En faisant cela, la politique culturelle s’approprie l’espace public et les passants, obligés de voir les œuvres de l’artiste, subissent l’action et voient l’art comme étant sous le dictat des propagandes culturelles. La promotion d’une image par l’intermédiaire de l’art étant un enjeu politique depuis la Renaissance, Valentin Carron souligne de cette manière l’importance de la figure de l’artiste. En se donnant la liberté de copier les œuvres d’autres artistes, le suisse affirme sa place privilégiée dans le monde de l’art et s’élève comme figure de référence de l’art contemporain.

Finalement, les règles du jeu sont toujours les mêmes dans le monde de l’art: celui qui bouleverse, qui transgresse, est le gagnant. L’artiste prend le parti de la « non innovation » en décidant de porter son regard sur ce qui est déjà là. Il questionne cette volonté d’aujourd’hui de se réinventer en permanence et nous invite à regarder ce qui existe, à contempler avec exhaustivité le monde qui nous entoure. La profanation artistique consiste en une prise de recul et un retour à l’idée platonicienne de la mimésis. Avec ses sculptures, Valentin Carron fait acte de révolte. Il décide de ne pas assouvir sa soif de nouveauté et fabrique un art contestataire qui défie les règles du contrat artistique.

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