Le Corbusier : Mesures de l’Homme

Le Centre Pompidou présente jusqu’au 3 août une rétrospective consacrée à Le Corbusier.

Une exposition inédite qui réunit plus de 300 pièces illustrant l’immensité du travail de l’artiste. Personnage ambivalent, chercheur, peintre, urbaniste, sculpteur, théoricien et architecte, Le Corbusier a bouleversé sa génération, et les suivantes, grâce à son travail. Il repense entièrement notre façon de concevoir la place de l’Homme dans la création, la façon de construire et d’habiter.

L’exposition présentée par le Centre Pompidou tente de revisiter, la vie et l’œuvre de l’artiste à travers la mesure de l’homme, notion capitale pour Le Corbusier. Pour lui tout se mesure, les meubles, les bâtiments, les hommes, mais aussi leur façon de réagir, de penser et de ressentir. L’artiste essaye de montrer que dans notre façon de mesurer et de concevoir l’espace, la place de l’Homme est centrale et, que nous prenons toujours en compte l’échelle humaine. Tout ce que Le Corbusier pense, via cette théorie novatrice, s’adapte à l’homme. Les canapés et fauteuils suivent nos mouvements, s’adaptent à nos courbes. L’habitation pensée par l’artiste, est conçue pour que le corps humain puisse se mouvoir à la perfection. Le Modulor, système de mesure qu’il a inventé, permet dorénavant de concevoir n’importe quel espace selon des critères particuliers. L’homme moyen mesure 1,83m, toute habitation ou mobilier sera conçu, selon les mesures du Modulor, afin de respecter au mieux les contraintes humaines.
Le corps humain devient le pilier de toute construction. L’architecture doit prendre en compte les proportions humaines afin de pouvoir créer.

L’exposition retrace le parcours de Le Corbusier selon une chronologie spécifique. Toutes les grandes étapes de cette esthétique novatrice sont mises en avant ici. Le parcours de l’exposition a été pensé en adéquation avec la démarche de l’artiste. Chacune de ses pensées, de ses théories, est habilement représentée. On débute le parcours par une salle qui tente de définir la notion de rythme et d’eurythmie. On constate l’importance de son voyage en Orient, l’importance du tracé, de la précision. Le Corbusier pense à une unité, une façon de calculer les choses, et l’illustre par le cube. C’est son tout premier dessin puriste. Puis il se met à la peinture. Le Corbusier enchaine les natures mortes selon ce tracé régulateur. Chacune a son utilité propre et nourrit ce besoin de recherche.

On continue, et on observe les travaux des premières villas construites par Le Corbusier. Elles se dressent fièrement comme le symbole de sa pensée, et permettent d’asseoir ce principe d’espace cognitif. Un bâtiment regroupe à la fois un espace pour l’habitat, mais également un espace pictural. La lumière joue aussi un rôle important dans sa création. Pour lui, un espace doit être conçu pour le mouvement d’un corps humain, non pas pour le mouvement d’une machine, ce sur quoi la société s’est focalisée pendant bien trop longtemps. Il tente, petit à petit de déconstruire le corps humain. Corps d’hommes, corps de femmes, il joue avec, les déstructure pour mieux les assimiler. Il déploie ses corps à travers la peinture. Ce médium lui est précieux, car il lui permet de mettre à plat ses idées, et de mieux entrevoir le rôle du corps dans ses conceptions.

Vient alors le centre de l’exposition, la partie presque tant attendue : Le Modulor. Des dessins, partout, près d’une cinquantaine, des objets, des formules mathématiques. Tout est là pour illustrer l’aboutissement de cette façon de calculer, de concevoir l’espace. On comprend l’évolution de la géométrie, de cette figure qui mesure l’espace selon l’Homme. Le Modulor n’est plus une norme inventée par un personnage farfelu. On comprend pourquoi Le Corbusier en est arrivé là, on comprend l’utilité de cet instrument de mesure.

Le Corbusier va se servir du Modulor pour tout ce qu’il construit. L’Homme doit être placé au centre de la création. Petit à petit l’artiste s’intéresse à la conception d’un habitat pour plusieurs personnes, une sorte de logement communautaire. Toujours basé sur ce principe du Modulor, d’un espace fait pour l’homme, mais également d’un espace presque sacré, mystique. On comprend la ville humaniste qui s’offre à nous sur les planches.

L’exposition se termine sur le Cabanon, un projet tellement plus personnel. A ce moment c’est comme si l’on se retrouvait au cœur même de l’esprit de l’architecte. Grâce à tout ce que nous venons de voir, son esprit est clair, concis. On sait où il veut en venir avec ce Cabanon. On comprend ses démarches. On saisit l’ampleur de son travail et de sa recherche. On comprend pourquoi, et c’est ce qui importe.
Le Cabanon est pour lui un moyen de vivre dans un espace réduit, où il n’y a que le nécessaire. Un moyen de se recentrer sur soi-même, sur le corps et la pensée. Sa dernière œuvre semble paradoxale et pourtant, c’est celle qui illustre le mieux l’artiste. Il s’est trouvé, mais surtout, a compris ce qui était important : l’Homme. Tout le surplus est inutile.

Le parcours de l’exposition est extrêmement bien pensé, on comprend au fur et à mesure les démarches de l’artiste, et on peut directement les replacer dans le contexte d’alors. Une exposition qui permet de voir Le Corbusier autrement : à ne pas rater.

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