Le coup de Pouce du mélomane #12

La honte, les larmes et beaucoup de solitude. Des poches sous les yeux, le mélomane a fui les quartiers huppés dans lesquels il avait l’habitude de passer ses soirées, comme si une agoraphobie s’était soudainement manifestée. Il s’isole, et ne prend plus en compte sa barbe hirsute (en vrai je suis imberbe). Il s’isole pour tenter d’oublier cette fameuse nuit du 12 Juin 2015.

Il est 1h06 du matin lorsqu’un individu, que nous appellerons Monsieur N, décide de lancer un blind test en dégustant des carambars (goût citron, ou orange, parce que des égoïstes avaient mangé ceux à la fraise en début de soirée). Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, mais le plus important ce n’est pas la chute…c’est de savoir qui a un code promo Uber.

1h11, l’heure du drame, le mélomane se lance tout heureux, et annonce « Craig David, c’est Craig David, ouah ça date ce truc, mais je l’ai écouté il n’y a pas longtemps ». Silence gêné, puis des éclats de rire avant un nouveau silence. C’était Usher.

Face au déferlement de tweets de haine pour avoir confondu ces deux artistes, le mélomane se retirera certainement d’ici peu, profitez donc de ces ultimes mots, c’est peut-être sa dernière chronique.

Le R&B

1940, gospel, blues et jazz se réunissent autour d’un verre. Les trois sont afro-américains, et comptent bien faire un album ensemble. Quelques mois plus tard, l’enregistrement est prêt, ils font face au producteur. Comment faire pour catégoriser l’album ? La maison de disque tranche, nous appellerons cela du « Rythm ‘n’ blues ». En réalité, ce terme a remplacé celui de « race music », considéré comme raciste lors de la période d’après-guerre, dans la mesure où elle ne désignait que la musique afro américaine. Peu à la peu, le Rythm ‘n’ blues émerge, mais peine à se définir tant il emprunte des sonorités ici et là. Finalement, pour le producteur Robert Palmer, il désigne « la musique composée par ou pour des afro-américains ».

En fait, le rythm’n’ blues va évoluer avec le temps, et n’a strictement rien avoir avec le R&B que nous connaissons aujourd’hui. Si en 1970 il est un synonyme du funk, dix ans plus tôt il s’accorde avec le rock and roll. Oui, les Stones faisaient du R&B. Enfin non, du rythm’n’blues.

1980, grosse soirée projet X avec entre autres soul, funk, pop, dance, Hip-hop, blues, jazz et gospel. Tout le monde se mélange, et donne soit quelque chose d’original par un pur hasard, soit une soupe commerciale désastreuse, qui veut même inviter son correspondant étranger, le raï.

Le vrai R&B contemporain apparaît avec des artistes comme Mary J Blige, Zhané, Brandy et Monica ou encore Usher (qui n’a aucun rapport avec Craig David). Le but est de faire danser, mais aussi de vendre à l’image de la pop musique, qui est avant tout commerciale. Justin Timberlake, Rihanna, Les Black eyed peas, tous effleurent le R&B de temps à autre, et plus ou moins longtemps, car même aujourd’hui avec les multiples évolutions technologiques en matière de musique et la modification des sonorités, le R&B reste difficile à définir.

Crédit photo : allmusic.com

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