Le frisson impressionniste de Paul Durand-Ruel

Paul Durand-Ruel est un marchand de tableaux pas comme les autres. C’est ce que le musée du Luxembourg tente de démontrer par le biais de l’exposition consacrée à ses collections. Et il faut bien le dire, elle y réussit.

L’histoire de Paul Durand-Ruel est à l’image de sa collection. Nébuleuse. Dans sa jeunesse, son parcours est loin d’être tout tracé. Bien que ses parents tiennent depuis quelques années un magasin de tableaux, il ne s’y intéresse pas immédiatement et se tourne vers une carrière militaire. Obligé de revenir sur sa décision à cause de problèmes de santé, il embrassera un peu à contre coeur (mais seulement dans un premier temps) le métier de ses parents.

La découverte de l’impressionnisme

C’est lors de l’exposition universelle de Paris, qui a lieu en 1855, qu’il ressent pour la première fois le frisson impressionniste. La découverte des toiles de Delacroix l’inspirent particulièrement et sont pour lui de véritables révélations artistiques. Avec le temps, Paul Durand-Ruel ne cessera de soutenir et de mettre en valeur les peintres impressionnistes, et ce malgré les nombreuses critiques adressées aux artistes et à lui-même. Tout son vivant, il tiendra bon, sûr de la reconnaissance prochaine de ses protégés. Cette inébranlable foi se retrouve dans une lettre de Renoir à Paul Durand-Ruel, datée de mai 1884 :

« Ils auront beau faire, ils ne tueront pas votre vraie qualité, l’amour de l’art et la défense des artistes avant leur mort. Dans l’avenir ce sera votre gloire, car vous êtes le seul qui avez pensé à cette chose naturelle ».

Une exposition intimiste

Les salles feutrées de l’exposition consacrée au célèbre marchand de tableaux donnent un caractère intimiste aux oeuvres présentées. Elles mêmes plongent le spectateur dans la vie du galeriste et de ses principales acquisitions. L’exposition démarre sur une touche biographique avec une série de portraits représentant les proches de Paul Durand-Ruel. A commencer par la toile Paul Durand-Ruel, le portrait du marchand exécuté par Renoir en 1910. On le voit, lui et ses enfants, dans des tons clairs et avec des touches lumineuses qui attirent le regard. Ses fils Joseph, Charles et Georges, ainsi que ses filles Jeanne et Marie, posent avec naturel dans un paysage de verdure. La lumière du soleil joue sur leur peau et leurs vêtements, rendant leur présence presque palpable dans la salle d’exposition.

Un foisonnement d’artistes

Puis vient la présentation des différents artistes dont il a permis la reconnaissance, parfois en se mettant en difficultés financières afin de leur permettre de continuer à créer : ce sont entre autres Degas, Monet, Sisley, Renoir, Pissaro, Delacroix et Cézanne. Autant d’artistes à la touche différente dont l’unique point commun est de se démarquer de l’académisme ambiant en proposant une peinture plus libre et plus accessible au public. Cela passe notamment par des séances de peinture en plein air et par la revendication de la texture de la peinture, qui apparait distinctement sur la toile. Les oeuvres présentées au musée du Luxembourg sont connues ou moins connues, mais elles ont toutes pour caractéristique de proposer un regard novateur sur le monde. Parmi elles, les célèbres Danse à Bougival, Danse à la ville et Danse à la campagne de Renoir qui témoignent de la mode de l’époque.

Une méthode novatrice

Ce regard novateur, Paul Durand-Ruel l’a tout de suite perçu avant ses contemporains. Pour s’assurer l’exclusivité de la production des peintres impressionnistes et pour leur permettre de créer plus sereinement, le marchand de tableaux rémunère chaque mois les artistes. Il a également recours à des emprunts importants à plusieurs reprises, qui le mèneront parfois au bord de la ruine. Il ira même jusqu’à acheter des oeuvres à des artistes tels que Manet, qui n’avait jusque-là jamais rien vendu, faisant ainsi un pari risqué sur un artiste inconnu du public. Dans un entretien accordé à Marc Elder en 1924, Monet explicite bien tout ce que doivent les impressionnistes au marchand de tableau :

« Sans Durand, nous serions morts de faim, nous tous, les impressionnistes. Nous lui devons tout. Il s’est entêté, acharné, il a risqué vingt fois la faillite pour nous soutenir. La critique nous trainait dans la boue ; mais lui, c’est bien pis ! On écrivait : Ces gens sont fous, mais il y a plus fou qu’eux, c’est un marchand qui les achète ! ».

Des trésors de collection

Parmi les oeuvres exposées se cachent aussi quelques pépites placées dans des ilots centraux autour desquels le public se presse. On y trouve un carnet de commandes avec le nom des artistes, leurs oeuvres et leurs prix, rédigé d’une belle écriture arrondie. Egalement, des photos vieillies de l’appartement privé de Paul Durand-Ruel dans lequel beaucoup d’oeuvres s’entassent. Certains moments clés de la vie du marchand de tableaux sont mis en lumière, tandis que des citations extraites de sa correspondance viennent égayer les murs couleur taupe. Tout vient mettre en évidence le dévouement de Paul Durand-Ruel pour l’impressionnisme. Pour s’assurer de la visibilité et de la reconnaissance des artistes qu’il prend sous son aile, le marchand de tableaux n’hésite pas à effectuer de nombreuses expositions individuelles et de groupes à travers le monde. Disposant d’un réseau de galeries internationales, situées à Paris, Londres, Bruxelles ou encore New York, il participe ainsi à leur célébrité. Et à leur postérité.

Crédits : grandpalais.fr

Les commentaires sont fermés.