Le Getty Museum et la pluie d’or

30,5 millions de dollars, c’est le montant dépensé par le Getty Museum pour obtenir la célèbre Danaë de Gentileschi le 28 janvier dernier, chez Sotheby’s à New York. Une broutille.

Certains l’ont peut être vue sur les cimaises du Met à New York, d’autres sur les bancs des facs d’histoire de l’art, projetée sur un mur blafard. La Danaë d’Orazio Gentileschi est une des rares merveilles caravagesques, qui était encore sur le marché de l’art, juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Peint pour le Génois Giovanni Antonio Soli, le tableau rejoindra au Getty Museum le Loth et ses filles, issu de la même commande passée au disciple de Michelangelo Merisi da Caravaggio, le patron du clair-obscur.

La vente de tableaux anciens de Sotheby’s a cependant frôlé la catastrophe. 50% de lots invendus, des tableaux à des prix ridiculement bas (à peine 18 750$ pour un Turchi, peintre véronais du XVIIeme siècle), et surtout le ravalement des oeuvres de Pietro Lorenzetti, de Van Dyck, de Canaletto et de Vasari. L’oeuvre de ce dernier, Allegories of Summer and Winter, figurant en plus sur la couverture de catalogue, n’arrange pas les choses. Même si la somme parait très importante, tous les experts s’accordent à dire que le Getty Museum a fait une affaire lors de cette vente d’un soir. Peu d’enchérisseurs et un prix réalisé sur l’estimation basse de l’oeuvre, le musée américain peut se féliciter d’avoir mis la main sur une véritable icône de l’art ancien…

Commandée en 1621, cette toile, mondialement connue, illustre un épisode emblématique de l’Antiquité, la scène de « séduction » de Jupiter transformé en pluie d’or pour faire la cour à la fille d’Acrisios, et la future mère de Persée. Oui encore une phase délirante de Jupiter. Rappelons brièvement les transformations du chef des chefs pour pécho: une pluie d’or (make it rain), un double du mari officiel, un satyre, un aigle, un taureau blanc, un coucou, un cygne et un serpent.

Revenons au tableau. De ce mythe très théâtral, Gentileschi a su peindre une version touchante et troublante, où la puissance du geste de l’artiste découpe, dans ce clair-obscur, des figures mystérieuses…

Cette bonne affaire pour le Getty, et ces résultats en demi-teinte pour Sotheby’s, montrent que les ventes OMP et OMD (Old Masters Painting and Drawings) restent fragiles. Elles explorent des segments du marché qui intéressent moins les investisseurs privés, et qui conservent des prix suffisamment élevés pour empêcher certains musées d’acquérir de nouveaux chefs d’oeuvre. Pourtant la « matière première » est encore disponible sur le marché, les grandes signatures se trouvant régulièrement dans les catalogues des maisons de ventes…

Crédits photo et sources : Le Figaro/Bilan/New York Times/Sotheby’s/CD Paintings

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