Le Macbeth d’Ariane Mnouchkine : une adaptation réussie

C’est la première pièce du Théâtre du Soleil à laquelle j’assiste. Je n’ai donc aucun de point de comparaison avec les œuvres précédentes de Mnouchkine. Je peux dire du moins que l’hospitalité des lieux m’a séduite autant que la pièce.

A l’entrée du Théâtre du Soleil, nous sommes accueillis chaleureusement par Ariane Mnouchkine en personne, qui contrôle nos billets. Dans la salle principale, les murs ont été décorés à l’effigie de Shakespeare. Les spectateurs, certains attablés, d’autres debout, se baladent ou conversent allègrement en attendant le début de la pièce.
Sur notre gauche se trouve un stand avec des livres de toutes sortes ; un peu plus loin, un buffet de mets chauds et froids, portant des noms réconfortants tel que « la soupe de santé du travailleur ». A droite, un bar à jus de fruits exotiques (gingembre et hibiscus).

Lorsque l’on s’avance vers la scène, sous les gradins, nous pouvons observer les acteurs en train de revêtir leurs costumes, à travers des fentes dans un tissu : une cérémonie coutumière au Théâtre du Soleil, qui, selon moi, accroit la proximité avec le spectateur, par le partage de ce qui, habituellement, est de l’ordre du secret.

Et puis le spectacle commence.
On ne sait pas trop dans quelle temporalité on se situe, et ce ne sera pas explicité. Les costumes militaires des personnages au début laisseraient penser que l’action se déroule pendant la 1ère guerre mondiale. Cependant, par la suite, la présence d’une TV (divertissement du tyran) et d’un ordinateur portable évoque plutôt notre monde contemporain. Ces éléments, bien qu’étant anachroniques à la pièce de Shakespeare (et aussi anachroniques entre eux) véhiculent l’idée que le vice lié à la quête du pouvoir est atemporel.
La pièce débute par une victoire militaire. On est bien loin de l’ambiance noire et inquiétante d’un Macbeth de Orson Welles. Ariane Mnouchkine a traduit elle-même, de manière brillante, la pièce de Shakespeare.
L’ambiance reste légère à l’arrivée au château alors que classiquement, il y règne une atmosphère inquiétante d’entrée de jeu. Lady Macbeth nous apparaît pour la première fois dans une charmante roseraie. Le seul indice du crime à venir réside dans des pétales de roses rouges, disséminés sur la scène.
Macbeth, officier et cousin du roi, est célébré pour le courage et la loyauté dont il a fait preuve pendant la guerre. Ce Macbeth de Mnouchkine n’a pas le charisme d’un personnage de tragédie. C’est un officier de seconde classe. Serge Nicolaï incarne magnifiquement bien la folie croissante de cet homme banal parvenu par le crime à être couronné roi.
A contrario, j’ai été quelquefois un peu déçue par le jeu de Lady Macbeth, interprétée par Nirupama Nityanandan, pas assez convaincante à mon goût, lorsqu’il s’agit de convaincre son mari de tuer le roi. Dans la pièce de Shakespeare, c’est elle qui porte le crime, alors qu’ici, elle manque parfois de fermeté face à son mari en proie au doute.

Quant aux décors, ils sont montés et démontés par les acteurs en un instant. L’habileté avec laquelle ils composent ces tableaux, dans un enchainement chorégraphique savamment orchestré, est impressionnante.
La musique composée par Jean-Jacques Lemêtre accompagne brillamment la pièce : elle lui donne un souffle puissant et dynamique.
Cette mise en scène offre tous les plaisirs d’une soirée à grand spectacle. La magie du théâtre opère, en particulier pendant la scène du bal (je ne vous en dis pas plus).
Les acteurs secondaires sont doués. J’ai particulièrement apprécié la performance de Eve Doe-Bruce en portier qui m’a fait rire de bon cœur.
On pourrait regretter que la pièce perde un peu de sa puissance mythique, par la médiocrité du tyran dont les mimiques et la gestuelle tournent parfois au grotesque. Je pense que cette adaptation de Mnouchkine vise justement à dénoncer des ambitions médiocres, et elle le fait magnifiquement bien. Sa troupe, composée d’une quarantaine d’acteurs, parvient à nous émerveiller, par la qualité de son travail et son esprit de communauté.

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