Le mangeur d’or, Undertaker – Xavier Dorison et Ralph Meyer (2015)

La BD que je vous offre cette semaine est une petite pépite. Elle est française mais ancrée dans un genre foncièrement américain, le western. Directement inspirée de la géniale série Blueberry de Jean-Michel Charlier et Jean Giraud, elle propose quelque chose d’original tout en restant fidèle aux codes classiques du genre.

La BD joue sur cette ambivalence entre clichés et idées nouvelles. Prenons le héros : Jonas Crow, rapide à dégainer est un dieu de la visée. Il est beau, sarcastique et solitaire. Classique. Ce qui l’est moins, c’est sa profession. Il est croque-mort. Et ces derniers sont relégués au second-plan dans tous les westerns, et ont toujours la même apparence (vêtements noirs, haut de forme, et plutôt laids), à croire qu’il y a un physique réglementaire. Ici, le croque-mort est beau et classe, même s’il pousse le cliché jusqu’à se promener avec un vautour. Ambivalence je vous dis.

Puis viens l’histoire. Joe Cusco ancien mineur ayant fait fortune, veut emmener dans la tombe tout son or. Pour ce faire, il avale ses pépites et demande à sa gouvernante ainsi qu’à notre croque-mort de l’enterrer dans la mine qui l’a rendu riche. Il y a malheureusement pour eux quelques contraintes : les mineurs se sentent floués et veulent récupérer l’or qu’ils ont extrait. De plus, Joe Cusco a chargé un de ses hommes d’assassiner un otage si son corps n’est pas arrivé, sous trois jours, à l’emplacement désigné.

Original n’est-ce pas ? Pourtant, on y retrouve beaucoup de clichés : le thème de la mine, les pépites, l’appât du gain, la mort, la violence … Bref, tous les thèmes de bases du parfait petit scénariste de western. Mais grâce à leur créativité, nos deux artistes ont vraiment réussi à faire quelque chose d’intrigant dans ce premier opus.

Et ce qui ne gâche rien, les dessins sont vraiment beaux. C’est d’ailleurs presque obligatoire pour rendre compte le côté héroïque des westerns : le style doit être très travaillé et minutieux. Le découpage est très bon, et fait parfaitement ce que l’on attend de ce genre d’œuvre, soit mettre en exergue le héros, au travers de scènes qui se prêtent aux dialogues, et d’autres qui le font jouer de la gâchette. Du côté graphique, c’est une incontestable réussite.

En somme, voilà une saga qui réussit à être intrigante et nous met dans l’attente du second tome. Les bases de l’histoire sont placées, il n’y a plus qu’à continuer. Il n’y a pas encore le personnage secondaire poivrot et drôle, mais si la BD est vraiment un hommage à Blueberry, il va forcément intervenir. En revanche, il y a déjà la femme belle, mais froide, un classique. Elle va devoir faire face au passé complexe du héros, que l’on découvrira par la suite. Des clichés certes, mais ce n’est pas inquiétant au vue de la capacité des auteurs à jouer avec.

Crédits photo

Les commentaires sont fermés.