Le marché de l’art français face aux Amérindiens

C’est une nouvelle polémique qui est venue frapper le marché de l’art la semaine dernière. Plusieurs associations et institutions ont demandé l’annulation de la vente de plus de 400 objets amérindiens, proposée par la maison de vente parisienne Eve Auction. En tête des contestataires, les tribus d’Acoma Pueblo et de la Hoopa Valley.

Ce n’est pas la première fois que les tribus amérindiennes soutenues par le ministère de l’Intérieur et des Affaires étrangères américains, et le musée des Amérindiens de Washington, demandent l’annulation d’une vente aux enchères en France. En 2013 et 2014, Eve Auction avait déjà été la cible d’une demande en annulation de la vente…en vain.

La problématique ? La qualification de ces biens et leur origine de propriété. Pour les tribus, ces objets, qui appartiennent à la communauté, ne sont en aucun cas des œuvres d’art mais bel et bien des objets sacrés qui font partie de leur quotidien. Ces objets sont créés lors de cérémonies et sont ainsi chargés d’une force spirituelle importante, comme les masques qui sont perçus comme des êtres humains, et certaines pièces ne peuvent ni être vues ni décrites en-dehors des cérémonies.

En outre, la provenance de ces biens pose problème puisque la vente de tels objets sacrés par les amérindiens est interdite, ce qui suppose une provenance douteuse ravivant la douleur d’un triste passé pas si lointain. Un bouclier de la tribu Acoma a d’ailleurs été retiré de la vente par Me Leroy, commissaire-priseur, suite à une revendication d’un des membres de la tribu.

Un combat judiciaire depuis 2013

Les tribunaux français ont toujours refusé d’annuler les ventes malgré les réclamations des tribus concernées au motif que la législation américaine était respectée. De son côté, le Conseil des Ventes, l’autorité de régulation du marché de l’art, ne reconnaît aucune valeur juridique aux tribus amérindiennes sur le sol français.

Aux Etats-Unis, la vente de ces objets est bien souvent considérée comme illégale et demeure très encadrée par les lois fédérales de 1979 et 1990. Mais l’exportation et la vente en France sont autorisées…

En définitive, la vente s’est bel et bien déroulée en restant porte close pour la presse. La présence des manifestants, accompagnés de leurs pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Génocide culturel » devant l’hôtel des ventes, n’aura pas été suffisante.

A ce jour, les résultats de la vente ne sont toujours pas disponibles sur le site internet d’Eve. Affaire à suivre donc, en espérant un positionnement clair et rapide du gouvernement français.

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