Le Maroc médiéval – Un empire de l’Afrique à L’Espagne.

17 octobre 2014 / 19 janvier 2015, Hall Napoléon

Une déception. C’est le mot qui vient à l’esprit après la visite de cette exposition en lien direct avec ce que nous pouvons appeler la « saison marocaine » qui regroupe ainsi plusieurs expositions autour de ce pays, que ce soit celle de l’Institut du Monde Arabe ou celle du Musée Eugène Delacroix. Ayant un parcours Histoire de l’Art/Archéologie j’ai eu la chance de pouvoir étudier pendant un an l’art islamique à Paris, donc je m’attendais à trouver -au minimum- ce que j’avais étudié en cours. Sur le dossier presse, l’exposition est une réussite : l’histoire, la religion et l’art se mêlent harmonieusement pour dévoiler un Maroc ouvert, riche et influent sur le monde.

Dans la pratique, les espoirs s’amenuisent au fur et à mesure de notre déambulation, dans ce qui est le parcours muséographique. Les salles semblent vides, les céramiques et les petites pièces s’enchainent sans originalité, et l’on se demande sans arrêt si l’on va tomber sur un décor (très racoleur) comme celui présenté sur l’affiche faisant la promotion de l’exposition. Ah oui, on l’aperçoit enfin ! Une simple photographie colorisée, format A3, avec un petit cartel. Ah bon. Et le Vrai Maroc médiéval où est-il ? Où sont les lourdes pièces d’orfèvrerie, le mobilier finement travaillé, les calligraphies religieuses richement ornées ? Où sont les mosaïques orientales comme on peut en trouver à Cordoue ou à Grenade ? Où est l’opulence de ces villes ? Nulle part. Sans tomber dans le cliché des Mille et Une Nuits, le Maroc médiéval est radicalement différent de ce que nous montre l’exposition, pas dans les cartels et les explications hein, non ça pas de problème, mais dans la visibilité des œuvres et dans leur logique de présentation. C’était un pays d’un dynamisme incroyable, où œuvraient les plus grands scientifiques, les marchands sillonnant les déserts et les mers, où les artistes pensaient un art nouveau, charnellement lié à la religion, et où les brillants esprits, comme Averroès, ont révolutionné la médecine, le droit, la politique et, la métaphysique. Pourtant, nous ne voyons pas d’instruments d’optique, peu de livres de sciences (deux astrolabes sont là, accrochés sur une cimaise), peu d’informations sur la « cour marocaine » etc. Ici nous suivons le parti pris du commissaire d’exposition, à savoir un parcours chronologique, un peu « pépère » qui ressemble à un cours d’histoire bien complet. Cela commence par le territoire du Maghreb al-Aqsa (l’actuel Maroc en somme) au lendemain de sa conquête par les troupes arabes au VIIIème siècle.

C’est parti pour voyager de 789 à 1465 sur une surface aussi grande que 3,5 cours de tennis. Oui c’est étrange comme unité de mesure, mais c’est comme ça. Donc c’est peu ! Les informations s’enchainent rapidement, et hop un autre calife et hop un autre sultan. Blague à part, certains objets sont d’une beauté à couper le souffle mais ils ne sont clairement pas assez mis en valeur, ou du moins, ils ne s’articulent pas correctement avec le reste de l’exposition. Je pense à l’arbre généalogique des Chorfas Idrissides écrasé par un éclairage blanc trop fort, ou encore aux volumes manuscrits trop présents et maladroitement exposés. Ces volumes sont un témoignage tellement précieux que l’on peut faire abstraction du reste, avec un peu de bonne volonté. Les murs violets-bleus, qui séparent les salles, apportent une touche de douceur qui est cependant très appréciable. Ils mettent une certaine ambiance, à la fois mystique (rapport important avec la religion) et social (suggérant le calme d’un cabinet d’écriture ou l’ombre d’un portique).

Une exposition un peu faible, dans sa forme mais pas dans son contenu donc. Car les cartels sont très bien faits et ils apportent des éléments certes parfois un peu trop scolaires, on aurait surement apprécié une ligne plus raffinée, mais très pratique pour comprendre rapidement le rapport entre les œuvres et la chronologie. Prises de manière isolée, les œuvres sont plus qu’appréciables et dans un état de conservation vraiment incroyable (le Minbar de la Mosquée des Andalous ou le lustre –cloche de mosquée al-Qarawiyyin). Compte tenu des moyens financiers du Louvre, de la richesse de ses propres collections d’art islamique et de son carnet d’adresses, épais comme un chapiteau de madrassa, on est surpris du choix des œuvres, des moyens engagés dans l’exposition qui, contrairement à ce que l’on pourrait croire, laisse le spectateur -que je fus- un peu dépourvu. Les gars, faites un tour à Lille, ils font des expositions somptueuses sur l’Egypte Ancienne avec beaucoup moins de moyens que vous et avec des partenaires ultra solides.

Ah oui dernière info, faites vous offrir pour Noel le catalogue de l’exposition qui, LUI, est extrêmement complet. Avant d’y aller, regardez sur internet le dossier presse, ça vous permettra soit de vous convaincre que cette expo va vous plaire, soit d’économiser 13 euros (aucune réduction pour les étudiants/- de 26ans). Sinon de nombreuses réunions/colloques, rencontres d’artistes se font aussi autour de cette exposition.

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Crédits photographiques: lemonde.fr / Flickr

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