Le quadragénaire au micro d’argent

Cover AKH-1

Le sarcophage était vide lorsque nous l’avons ouvert le 3 novembre 2014. La malédiction ne prendra-t-elle jamais fin? Apparemment non ! Le poète marseillais est bel et bien toujours présent: Monsieur Akhenaton. Oui, toujours présent parce qu’il faut bien que papa explique aux adolescents qui posent sur des beat-box que le RAP est un acronyme, qu’il leur explique au passage ce qu’est un acronyme et qu’il leur montre comment adjoindre Rythm and… Poetry (poésie, et non pas poterie, pour les francophones).

Les puristes le connaissaient entouré de sa clique de « gens du sud à l’accent chaud », comme dirait son pote le cactus de Sibérie. Akhenaton se la joue solo pour un cinquième round. Apparition tonitruante puisque l’artiste vient de remporter une victoire de la musique, celle du meilleur album de musique urbaine. Le « daron du rap game » est encore en vie et, pour que tout le monde le sache, il en a fait le titre de son album Je suis en vie : un son urbain que vous pouvez écouter bien au chaud dans votre salon et pas forcément dans une cage d’escalier.

Amateur de fumette en merco benz adepte de l’autotune et du flirt avec des demoiselles à moitié nues en plein hiver, passe ton chemin. La sobriété est de mise pour le nouvel opus de notre ami Philippe Fragione. Pas de doudoune dans ses clips donc, mais une simple chemise blanche et un décor épuré pour une mise en exergue de la rime cohérente, de l’allitération audacieuse et d’un fond qui n’est pas sans rappeler les plus belles heures du rap français.

En fait, grosse erreur de notre part: au contraire, que les fanatiques de ses homologues urbains s’abreuvent du talent d’Akhenaton. Quand on y pense, il n’y a pas de bon ou de mauvais rap mais simplement des styles différents. Egotrip, rap engagé, conscient ou simple exercice de style, la “sous culture d’analphabètes” raillée par le secrétaire général de l’aigreur a plus d’un tour dans son sac et tire sa force de sa diversité. Il ne serait pas judicieux de comparer la messe en Si, de Bach, à une composition dodécaphonique. Il serait donc tout autant illogique de mettre en parallèle les compos du meneur d’IAM avec celles de la nouvelle génération du Rap. Akhenaton a sa propre école. Il en est le directeur ou, plutôt, pour reprendre ses propres termes, le défenseur.

Dans la veine du dernier projet orchestré par ses compères et lui, Arts Martiens, l’album est orné de représentations de Miyamoto Musashi : samouraï indépendant, véritable chasseur de primes qui s’est rendu compte que l’argent ne faisait pas le bonheur et que la vie était cool, etc., etc. Bref. Notre orateur marseillais pose sur des samples longuement travaillés, le tout sans violence et en prenant pour point de départ un type qui coupe des têtes. Si ça, ce n’est pas du talent !

Album solo donc, mais qui propose bien évidemment un florilège de featurings: des voix attendues, à l’image de l’inévitable Shurik’N (IAM), mais aussi de R.E.D.K, Tyler Woods, Faf Larage, sans oublier les talents de Cut Killer aux platines. 153 minutes et 19 morceaux qui exposent notamment la troisième partie de la saga Mon texte le savon, les titres Deuxième Chance ou J’aime le rap et le rap m’aime, au plus grand bonheur de nos oreilles.

Un album mixé à New York et constitué de deux parties avec les versions instrumentales de chaque titre au cas où il vous prendrait l’envie de lâcher les phases de l’artiste de 46 piges. Sinon, reprenons l’album en cœur lors de l’IAM ALIVE TOUR les 27 et 28 mars à la Gaîté lyrique. Vous connaissiez l’art de la rue, AKH en expose la manière.

(Crédit Photo Inter-Peura.com)

(Crédit photo Cover de l’album, Def.Jam recordings France)

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