« Le Ravissement de Lol V. Stein » de Marguerite Duras

Partie le 3 mars 1996, ART/CTUALITE rend aujourd’hui hommage à l’une des auteures les plus influentes du XXème siècle : Marguerite Duras. Ses écrits sont d’une extrême modernité et d’une grande diversité. Le Ravissement de Lol V.Stein est, dès les années 1970, considéré comme le roman charnière de son œuvre.

Est-il encore nécessaire de présenter Marguerite Duras, femme de tous les fronts ? En 1964, lorsqu’elle écrit Le Ravissement de Lol V.Stein, Marguerite Duras est très malade, à cause de l’alcool. Elle craint « d’écrire n’importe quoi », comme elle l’explique au journaliste Pierre Dumayet le 15 avril 1964 dans une interview. Pourtant, son œuvre est d’une pure réalité (inspirée d’événements réels), et d’une étonnante modernité. Entre attente et amour, Marguerite Duras plonge le lecteur dans une aventure vide de sens, qui porte à réflexion sur le sens de la vie.

Le Ravissement de Lol V. Stein c’est l’histoire d’une femme, Lola Valérie Stein, racontée par l’homme qui l’aime : Jacques Hold, l’amant de son amie d’enfance Tatiana Karl. Il ne sait rien d’elle, hormis qu’elle fut autrefois fiancée à Michael Richardson qui la quitta le soir du bal de T.Beach, pour Anne-Marie Stretter une femme plus âgée, et qu’elle se maria plus tard avec Jean Bedford. Ils eurent trois enfants et, après avoir fui S. Tahla, sa ville natale, pour U. Bridge, elle y revint dix ans plus tard. Jacques Hold manque alors cruellement d’éléments pour raconter la vie de Lol avec qui il s’imagine, et finalement elle aussi, bien que n’ayant toujours pas fait le deuil de sa séparation avec Richardson.

C’est au cœur de ce triptyque amoureux que Marguerite Duras nous entraine, parfois avec beaucoup de confusion. En effet, la série de couples conduit, souvent, à une incompréhension : chacun connaît des difficultés et se retrouve à aimer l’autre. Mais c’est cette difficulté à se constituer, qui semble pertinente dans Le Ravissement de Lol V. Stein. Choisir de fréquenter l’amant de son amie d’enfance, est pour Lol une façon de tenter d’effacer Richardson de sa mémoire, et de retrouver un brin de sensualité, d’amour, de désir dans sa vie monotone. Finalement, la protagoniste se sert de lui pour se reconstruire. Elle est à la recherche du bonheur.

Cette recherche du bonheur est cependant contrastée par la narration du récit qui se veut très lent, stressant, voire oppressant. Le manque d’informations de Jacques Hold sur Lol, ainsi que l’indécision des personnages, font totalement ressortir les émotions de chacun. Le lecteur se laisse prendre au jeu à chercher la vérité (s’il y en a une), et se voit transporté dans un univers malsain où l’impression de l’échec est constante. Ce livre est l’expression de sentiments divers : le passé qui nous hante, l’amour absolu, l’échec, le bonheur, le silence, l’incompréhension. Un mélange étrange qui a parfois dérouté tout autant qu’il a séduit. En 1965, Jacques Lacan applaudira d’ailleurs l’œuvre qui propose une véritable cure psychanalytique et interroge le but de chaque existence. ART/CTUALITE vous en conseille donc la lecture.

Avis : 4/5

Crédit photo : Gallimard

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