Le reste du monde – Jean Christophe Chauzy (2015)

Je me suis rendue compte il n’y a pas très longtemps, que je vous ai surtout parlé en BD, de mondes fantastiques, un peu gores et sales, des choix qui vous font questionner ma stabilité mentale. Et donc, je me suis dit « Eh ! Et si je ne changeais pas du tout de genre cette semaine ? Histoire de bien insister sur mes goûts prononcés pour les univers glauques ? » J’ai décidé de suivre ce bien bon conseil, et je vous ai trouvé une petite histoire de survie dans laquelle les humains deviennent des monstres, où la solidarité est morte au profit de la cruauté. Tout à fait délicieux !

Bon, j’exagère pour trouver un sourire. J’ai quand même changé d’univers puisque l’on part cette semaine dans les Pyrénées, en compagnie de Marie et de ses deux fils. Ils y passent leurs vacances d’été, pour la première fois sans le mari et père. Marie doit gérer cette nouvelle situation en faisant face à ses propres inquiétudes, ainsi qu’à celles de ses enfants. Alors qu’ils sont sur le point de rentrer, un orage cataclysmique frappe la vallée, détruisant route, maisons et toute possibilité de joindre le monde extérieur. Des solutions précaires sont rapidement mises en place, mais ne parviennent pas à endiguer le flot de touristes qui descend sans cesse vers la petite ville, unique refuge accessible par la route et loin de tout. Les rations s’épuisent très rapidement, et la loi du plus fort remplace la fébrile organisation mise en place. Les secours n’arrivent toujours pas, le chaos règne en maître, montant les individus les uns contre les autres.

Jean Christophe Chauzy nous offre une histoire de survie, bien comme on les aime. Une situation banale en guise d’introduction, puis un élément perturbateur, suivi du chaos le plus total. Les personnages piégés de la vallée ne savent rien de ce qui se passe à l’extérieur, et il semble que personne ne soit au courant de leur situation. Le lecteur est donc aussi prisonnier puisqu’il n’en sait pas plus que les personnages. Il est tout à fait possible que l’orage ait eu une amplitude bien plus importante que dans la seule vallée, et qu’il s’agisse d’une catastrophe régionale, nationale, voire mondiale. La question intrigue, on veut voir ce qui se passe ailleurs que dans cette petite ville, qui commence à devenir étouffante.

C’est d’ailleurs tout l’intérêt de la BD : le suspense. On veut savoir si nos héros vont aussi devenir des monstres, s’ils vont s’en sortir, comment ? Et ce qui se passe ailleurs … Basée sur le même principe à succès que, pour citer un nom connu, le « comics » The Walking Dead, l’œuvre de Jean Christophe Chauzy gère très bien la lente montée de l’angoisse. Le découpage est efficace dans sa gestion du suspense : on peut passer de superbes doubles pages qui montrent le ciel déchaîné, à des successions de cases qui indiquent le lent passage du temps, et la transformation des gentils touristes en bêtes affamées.

On ne sait pas combien de temps s’est déroulé depuis le début de la catastrophe. On ne sait pas combien de temps ces gentils messieurs et mesdames avec bob sur la tête, et appareils photos autour du cou, ont mis pour passer de Mr et Mme Dupont à Terminator. Mis à part deux ou trois situations un peu clichés, l’histoire est hyper réaliste et ne peint pas l’humanité sous son meilleur jour. Les magnifiques dessins de l’auteur ajoutent beaucoup à une histoire qui implique la reproduction de larges paysages vides, angoissants et hostiles.

Une BD qui questionne sur notre capacité à survivre, et surtout à s’entre-aider dans un univers réaliste et angoissant. Pas mal du tout.

Les commentaires sont fermés.