Le Salon du Livre bousculé par ses auteurs

Entre 200 et 300 auteurs ont défilé samedi dans les allées du Salon du Livre qui s’est tenu du 20 au 23 mars 2015. Le slogan « Pas d’auteurs, pas de lecteurs ! » a retenti à de nombreuses reprises, au Pavillon de la Porte de Versailles, pour dénoncer la précarisation croissante de la profession. C’est la première fois qu’un tel évènement se produit depuis la création du Salon il y a 35 ans. Les raisons de cette colère ? Le projet d’harmonisation des droits d’auteur au niveau européen, l’augmentation des cotisations de retraite complémentaire, ainsi que la baisse générale des revenus associés à l’écriture.

Ce mouvement de manifestation répondait à l’appel lancé par le Conseil Permanent des Ecrivains (CPE), qui regroupe 17 syndicats et associations d’auteurs. Pour l’expliquer, il faut se souvenir que l’essentiel des revenus d’un auteur provient des droits d’auteurs, c’est-à-dire la part que touche un auteur sur le prix d’un livre. Or, les deux tiers des auteurs français perçoivent moins de 10% de droits d’auteur sur le prix de leurs livres. Un auteur sur cinq est même rémunéré à un taux inférieur à 5% selon le CPE. L’auteur Laurent Bettoni a déclaré à ce sujet : « Nous n’acceptons plus la précarité sociale. C’est l’auteur qui perçoit le moins dans le livre qu’il écrit ».

Ainsi, un auteur touche en moyenne un euro par ouvrage vendu. Une somme dérisoire, en particulier pour les jeunes auteurs, qui ne vendent que très peu d’ouvrages à leurs débuts. En 2014, le roman qui s’est le mieux vendu en France est celui du Prix Nobel Patrick Modiano « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier » avec 292 000 exemplaires. Mais ceci reste une exception dans l’univers littéraire en constante ébullition. Le CPE annonce que près de 200 ouvrages paraissent chaque jour, y compris le dimanche. Cette surproduction littéraire a tendance à mettre à mal la visibilité de certains ouvrages, ce qui ne permet pas aux jeunes auteurs de se démarquer des grands noms, déjà bien installés sur le marché. Le seul style d’un auteur ne lui garantit donc pas la reconnaissance, puisqu’il a beaucoup de chance d’être noyé dans la masse d’autres livres qui paraissent au même moment que lui. Le problème s’est accentué ces dernières années avec l’émergence du livre numérique.

Cette année, plusieurs auteurs, et éditeurs, ont décidé de ne pas se rendre au Salon en signe de contestation. Trop cher, trop populaire, trop commercial,… Les critiques pleuvent sur cet évènement qui reste, tout de même, majeur pour la promotion des nouvelles parutions. Parmi les contestataires, le patron d’Hachette Livre, Arnaud Nourry, a comparé le Salon du Livre à « un immense univers où on peut perdre son âme ». De la même manière, une lettre ouverte a été publiée cette semaine. Signée par plus de 1700 personnes, auteurs et éditeurs confondus, elle a pour titre « A ceux qui oublient qu’il faut des auteurs pour faire des livres ».

Pour pallier aux critiques, le président François Hollande s’est rendu samedi matin au Salon du Livre pour défendre la liberté d’expression. « Ce qui fait la force de la France, de sa culture, c’est la liberté. Nous avons été frappés au mois de janvier, ce Salon est aussi une des réponses » a-t-il déclaré à cette occasion. Il était accompagné de la ministre de la Culture Fleur Pellerin, qui s’est engagée lors de l’inauguration du Salon, à « promouvoir une réforme du droit d’auteur, qui puisse permettre d’adapter un certain nombre de règles à l’évolution entraînée par la révolution numérique, mais tout en préservant et en étant très attachée à la diversité culturelle et à la création, c’est-à-dire la rémunération des auteurs ». Pour que les auteurs soient rémunérés à leur juste valeur.

Crédits : lemonde.fr

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