Le Second Empire, une expo en mieux

 

Dans son berceau de bois de rose, de vermeil et de bronze, le prince impérial babille. Passage Choiseul, les Parisiennes gloussent devant le dernier opéra bouffe d’Offenbach. Les crinolines s’effleurent dans la villa pompéienne du prince Napoléon-Jérôme. La fonte et le fer s’entrechoquent sur le chantier du Palais de l’Industrie, les parcs se créent, les stations balnéaires s’emplissent, les boulevards se tracent dans Paris, les critiques fusent au Salon des refusés… Le musée d’Orsay nous entraîne dans cet interminable flot impérial d’activités. Du coup d’Etat en 1851 à la défaite chaotique de Sedan en 1870, le Second Empire a amorcé les prémices de notre société moderne. Cette spectaculaire exposition réhabilite une période aussi audacieuse qu’oubliée.

Napoléon le petit voit grand

Après avoir violé la légitimité constitutionnelle par son coup d’Etat du 2 décembre 1851, Louis Napoléon Bonaparte s’est défendu d’être sorti de la légalité pour entrer dans le droit. L’Empereur des Français a un véritable projet économique, politique et culturel pour la France. Entre lois liberticides et libertaires, entre tradition et modernité, le Second Empire se veut jonction de deux mondes, l’avant Révolution et l’après, héritier du nom et du régime de son oncle Napoléon Ier, béni par l’adhésion populaire. Tel Louis XIV il veille sur sa cour par le faste et les divertissements, tel Louis Philippe Ier il concilie idéaux républicains et Ancien Régime. Empereur social il s’adapte aux progrès nouveaux, et cherche à tout prix à stimuler la production économique et artisanale.

C’est ainsi que l’on peut comprendre cette époque : les opérettes concurrencent l’opéra ; la photographie, la peinture ; le néo-gothique, les structures métalliques ; le style Louis XVI, le fauteuil crapaud ; le catholicisme, le positivisme ; le Salon des refusés (créé par l’Empereur lui-même), les salons académiques. Et c’est ainsi que l’exposition se déguste, comme un plat d’innovations saupoudrées d’héritage. 

A la recherche du temps perdu

Par ce « Spectaculaire Second Empire », les commissaires Yves Badetz, Paul Perrin et Marie-Paule Vial nous immergent dans ce temps de fastes et de créativité. Loin de prétendre à un discours exhaustif, ils nous présentent des échantillons d’une époque foisonnante. La recette est bonne, ni indigeste, ni trop légère : le spectateur s’imprègne des arts et us de la deuxième moitié du XIXème siècle sur fond d’Orphée aux Enfers, dans des reconstitutions de salles telles qu’on pouvait en contempler à l’époque. 

On découvre les grands chantiers des expositions universelles – 1855 et 1867 -, ainsi que la transformation urbaine commandée par l’Empereur. Tableaux, plans et mobiliers nous introduisent au cœur de demeures abyssales, véritables folies des grandeurs : la Villa Pompéienne du Prince Napoléon, le château néo-gothique d’Abbadia près d’Hendaye, le château néo-renaissance de Ferrières, commandité par la famille Rothschild. Les demeures royales de Compiègne, Fontainebleau et Saint-Cloud reprennent vie. 

Le pinceau de Winterhalter brosse toute la nouvelle élite tant aristocrate que bourgeoise. Son style est à l’image de ce régime : empreint de légèreté mais en quête de grandeur à l’exemple des grands portraits royaux de Rigaud ou Duplessis. Monet, Boudin, Degas, Renoir, Manet sont replacés dans leur contexte de débutants trop subversifs, trop peu conventionnels, refusés des salons officiels. Ils sont appréhendés ici comme des figures accessoires, presqu’accidentelles et non comme les maîtres si prisés aujourd’hui.

Dans plusieurs salles de l’exposition sont déclinées des pièces de mobilier : les fins connaisseurs des XVIIème et XVIIIème siècles sont confrontés à un nouveau genre, copies parfois un peu lourdes de Boulle et Riesener, mais innovantes par leur adaptation au nouveau confort. Placages, incrustations de nacre, d’écailles de tortue et plaques de porcelaine sont de mise, les styles Louis XV et Louis XVI sont réinventés. Les petits meubles et objets très à la mode sont abondamment représentés – vases d’Emile Belet, coupes, argenterie de Christofle et Cie, porcelaines de Sèvres, cristal de Baccarat… – et côtoient des objets monumentaux – bénitier en cristal de 2,71 mètres, médailler de style barbare de Frémiet -. L’ensemble donne un riche aperçu de l’éclectisme des arts sous Napoléon III. 

La liste est non exhaustive. Il y a à voir un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout pour Victor Hugo qui doit se retourner dans sa tombe. Le Second Empire n’est pas blanchi, mais redoré.  

Info pratiques : 

Jusqu’au 15 janvier 2017 (plus de 3000 visiteurs par jours depuis le 27 septembre, on fonce !)

Au musée d’Orsay,

Ouverture de 9h30 à 18h le mardi, le mercredi, le vendredi, le samedi et le dimanche
de 9h30 à 21h45 le jeudi

Catalogue d’exposition

Spectaculaire Second Empire,

Musée d’Orsay / Skira, 45 €.

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