L’éblouissante rhapsodie de Frédéric Nevchehirlian

Mardi 21 octobre 2014 dernier, la maison de la poésie accueillait celui que l’on nomme désormais Nevche.
Après un magnifique travail sur des textes inédits de Prévert (« Le soleil brille », 2011), il vient de sortir un nouvel album, « Rétroviseur », co-écrit avec l’auteur dramaturge Ronan Chéneau.

Pour cette soirée, il crée une performance inédite : « A perte de vie ».
C’est un spectacle qui surprend par sa nature singulière. Il porte la mention de « concert littéraire », mais en réalité, les formes de la littérature et de la musique y sont tellement entremêlées qu’on aboutit à un résultat inqualifiable, aussi déconcertant que génial.
Frédéric Nevchehirlian chante, slame et y joue de la guitare, accompagné d’un autre guitariste, d’un batteur et d’un violoncelliste.
Il nous offre une poésie instantanée : il semble souvent improviser, s’adaptant au spectateur, aux feuilles qui tombent involontairement de son pupitre, comme un marin adapte le positionnement de ses voiles à la force du vent. Nevche vogue avec adresse entre ses textes et ceux des autres. Il incarne par le langage des sensations et les fait vivre avec intensité.

Ivre de sa musique, nous tanguons, entre des rythmes tantôt calmes et envoutants, tantôt vifs et impétueux. Ses influences musicales sont diverses : musique expérimentale, rock, rock psychédélique. On trouve parfois des notes d’orientalisme. Le batteur, Gildas Etevenard, nous offre une performance magistrale, notamment lors d’un solo improvisé.

Quant aux textes choisis, ils sont extrêmement puissants. On retrouve des extraits d’écrits d’artistes tels que Kurt Cobain, Marilyn Monroe, Vincent Van Gogh et bien d’autres. Ces textes, lus par bribes, se succèdent, créant des résonnances et des connexions. Ce sont des écrits pour la plupart introspectifs et intimes. Frédéric Nevchehirlian les interprète avec justesse, s’emparant du rythme suggéré par la syntaxe, mais l’adaptant en fonction des émotions qu’il désire suggérer. Ceux de Marylin reviennent régulièrement, exprimant souvent un sentiment de détresse et de mal-être. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas anodin d’avoir choisi une structure décousue pour les restituer. On a souvent l’impression d’une architecture émotive, accompagnant les soubresauts de l’âme.
Lorsqu’il interprète ses propres textes, Frédéric Nevchehirlian se laisse plus aisément aller à un rythme effréné, ponctué d’emphases et de répétitions, nous entrainant dans un cheminement poétique de la pensée. A un moment donné, on assiste à une véritable tempête musicale. Les instruments grondent d’un rock nerveux et puissant. L’éclairage change brutalement, et tout en chantant sur un ton presque incantatoire, Nevche jette des feuilles blanches dans les airs.

Si son travail vous intéresse, l’artiste donne une nouvelle représentation le 26 novembre au musée de la chasse. Nous sommes impatients de découvrir comment il tirera parti de ce lieu atypique.

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