Les belles histoires de l’oncle Ray #2

J’ai rencontré David pour la première fois à l’époque où Jones était encore son nom de scène. C’était au début de l’année 1965, alors que j’avais pour habitude de trainer aux abords des studios d’enregistrement. C’est ma période londonienne qui a précipité ma rencontre avec ce joueur de rock de 18 ans à peine, qui changeait de groupe toutes les cinq minutes. J’ai immédiatement accroché avec ce jeune homme natif de Brixton, et amateur de véritable rhythm and blues. Il était tout ce qui pouvait définir l’originalité, autant dans son style vestimentaire que dans son physique, à la fois beau et inquiétant à l’image de ses yeux vairons. Plus tard, il m’apprit que la couleur de ses yeux était liée à une bagarre avec Georges Underwood, un garçon de sa classe, alors qu’il était adolescent. Sa pupille gauche était en réalité dilatée en permanence.

Je l’ai perdu de vue pendant près d’un an, et à mon retour d’Angleterre il fallait le surnommer Bowie, en référence au nom du couteau d’un certain Jim Bowie, au XIXe siècle. J’ai appris à découvrir ce musicien aux multiples facettes, malgré le fait que l’année 1969 nous éloigne, peu à peu, tant le succès de son titre Space Oddity était au rendez-vous. Quelques temps avant, il s’était lancé dans l’adaptation d’une chanson de Claude François (que je n’appréciais pas plus que ça), intitulée Comme d’habitude, mais c’est finalement le compositeur canadien Paul Anka qui l’a devancé. Par la suite Sinatra en a fait un tube.

En 1972, je l’observe gagner la reconnaissance du public sous le nom de Ziggy Stardust, qu’il jettera à la poubelle un an plus tard. Contrairement aux autres, il m’appelait simplement Ray. Je pense que David me faisait confiance à l’époque, et me fait toujours confiance aujourd’hui, malgré le fait que je ne sache jamais si je m’adresse à lui, ou à l’un de ses alter ego. Il me parlait de sa sexualité, de ses envies, et de ses projets. Il m’arrivait de le voir plusieurs jours d’affilée, puis il s’éclipsait pendant quelques mois, ou en tout cas ne cherchait pas à prendre de mes nouvelles. Il me disait qu’il voulait s’essayer à toutes les formes d’art, dont le cinéma qui lui réussira en 1983 avec Furyo de Nagisa Oshima, ou lui fera du mal comme dans le film fantastique Labyrinthe en 1986.

Au final, David est peut-être la personne la plus atypique que j’ai pu rencontrer. Non seulement il faisait les bonnes rencontres au bon moment, et parvenait à forcer le destin, à l’image de son duo avec Queen. Under Pressure n’était pas un duo à l’origine, David était simplement passé les saluer, et ces malades se sont mis à composer. Tout ce que je vous raconte s’est réellement déroulé, et j’aurais vraiment aimé pouvoir en raconter davantage si David me donnait des nouvelles, et surtout si j’avais vraiment existé.

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