Les chefs-d’œuvre de Budapest s’exposent à Paris

Le musée du Luxembourg vient d’ouvrir au public sa toute nouvelle exposition consacrée aux chefs d’œuvre du musée des Beaux-Arts de Budapest actuellement fermé pour travaux. L’occasion de voir à Paris des œuvres de Cranach, Dürer, Manet, Schiele ou encore Cézanne et de découvrir la singularité de la collection hongroise. On vous offre un aperçu.

Un voyage tout en douceur au cœur de l’Histoire de l’Art

Jusqu’au 10 juillet prochain, vous pouvez découvrir l’Histoire de l’Art en six sections, principalement, ainsi que deux supplémentaires. Au total, ce ne sont pas moins de quatre-vingt-cinq œuvres (peintures, dessins, sculptures) qui sont présentées au public.

Cette exposition est l’occasion de découvrir de véritables chefs-d’œuvre d’artistes occidentaux des principales périodes et courants artistiques, conservés au musée de Budapest. L’exposition, qui ne pouvait être que chronologique pour offrir une meilleure lisibilité, débute par la fin du Moyen-Age en Europe, puis continue sur plusieurs parties consacrées à la Renaissance italienne jusqu’à l’Age d’or hollandais. On se retrouve ensuite à la fin du XIXème, entre symbolisme et expressionnisme, ce qui permet aux visiteurs de (re)découvrir l’art hongrois, absent en France, mais également des artistes français bien souvent négligés lors d’importantes expositions comme Puvis de Chavannes ou Böcklin.

On prend conscience alors du travail des peintres hongrois et de leur proximité avec des artistes au tournant du XXème siècle comme Cézanne, Gauguin ou de marchands comme Durand-Ruel.

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Edouard Manet, La Dame à l’éventail ou La Maîtresse de Baudelaire / © Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016

Deux sections intermédiaires développent quant à elles, de manières transversales des thèmes précis : le portrait et la grande peinture religieuse. Notre attention fut surtout retenue par la délicatesse, et la préciosité, du portrait de la femme de Füssli, réalisé par l’artiste, ainsi que par une des œuvres majeures de l’exposition, d’un peintre romain anonyme, intitulée Jeune fille endormie. Le 5 avril une visite-conférence sera notamment dédiée à cette œuvre, pensez-y.

La section consacrée à l’Art religieux quant à elle, se veut être la démonstration de l’inventivité des artistes face à une image religieuse critiquée, et repensée, en plein Concile de Trente, qui se doit de retrouver sa fonction de support de la piété de l’individu, et se charger d’une instruction collective. Sans aucun doute, notre partie favorite de l’exposition. Comment rester insensible face aux deux merveilles d’Artemisia Gentileschi, artiste heureusement de plus en plus reconnue par les institutions françaises (on pense bien évidemment à l’importante exposition consacrée à l’artiste par le musée Maillol en 2012), qui nous frappent par le courage et la violence de ses femmes, Judith et Yaël.

Impossible également de rester de marbre devant les œuvres du Gréco et sa splendide Madeleine pénitente dont ressort toute la fougue et la force de la gestuelle de l’artiste qui viennent susciter aussi bien l’empathie du fidèle du XVIème siècle, que celle du visiteur contemporain.

Peintre anonyme, Jeune fille endormie / © Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016

Peintre anonyme, Jeune fille endormie / © Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016

Un musée en travaux

Pourquoi une telle exposition et le choix du musée des Beaux-Arts de Budapest ? Tout d’abord par la richesse des collections de ce dernier, une des plus importantes d’Europe, qui trouve sa genèse à la fin du XIXème siècle lorsque les pouvoirs publics hongrois ont souhaité se doter d’une institution qui puisse offrir aux visiteurs le meilleur de l’art national et européen (le bref, mais néanmoins incroyable, aperçu que nous offre cette exposition vous fera comprendre l’ampleur de la collection). Ainsi, le musée est indissociable du goût et du collectionnisme hongrois puisque les œuvres proviennent en partie des collections des grandes familles de la noblesse hongroise et des amateurs éclairés de la bourgeoisie sous la monarchie austro-hongroise.

De plus, ce musée est fermé depuis 2015 dans le cadre d’un important projet de rénovation, le « Projet Liget Budapest » qui touche, aussi bien l’agencement des espaces du musée, que celui des collections afin de retrouver son modèle d’origine (sous la période soviétique, les collections avaient été scindées en deux parties). Ce projet concerne également d’autres établissements et représente l’un des plus prestigieux projets culturels européens.

Apaisante, sereine, agréable à parcourir, cette exposition est une très grande opportunité de voir des œuvres conservées à l’étranger, de percevoir le regard des collectionneurs et l’influence des artistes français sur le travail d’artistes hongrois.

Cerise sur le gâteau, chaque œuvre bénéficie d’un cartel explicatif sur le thème de l’oeuvre et/ou sur l’artiste. Foncez !

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