Les clefs d’une passion

La Fondation Louis Vuitton célèbre sa très récente ouverture, avec une exposition qui positionne cet antre de la culture, comme un lieu indispensable pour la croissance de la vie culturelle dans la ville Lumière. « Les Clefs d’une Passion », est ainsi le troisième volet d’une célébration qui semble ne pas avoir de fin, une fête qui met à l’honneur les œuvres les plus emblématiques du XXème siècle. La Fondation a fait l’impossible, après avoir dû suivre des règles strictes pour le déplacement de l’œuvre, et probablement avoir versé une généreuse somme d’argent, pour nous permettre à nous parisiens, de contempler le magnifique chef d’œuvre Le cri d’Edvard Munch, qui est à la hauteur de sa popularité. L’entêtement des organisateurs peut se comprendre, sans Le cri, l’effet ne serait pas abouti ; il ne s’agit pas d’un caprice, mais d’une cohérence dans le discours de la fondation. Quel est ce discours ? Tout tourne autour de quatre principes fondamentaux qui ont régi, et fait du XXème siècle, le moment des avant-gardes.

La première partie de l’exposition est composée d’une seule et unique salle qui expose le travail d’Otto Dix, Edvard Munch, Alberto Giacometti, Helene Schjerfbeck, Kasimir Malévitch et « last but not least » Francis Bacon. Quel est le point commun entre ces six artistes ? L’homme est confronté à sa perte. Du côté de Malévitch, c’est le début d’une famine qui s’étend en Ukraine, et qui porte le fardeau de la mort. Pour les autres artistes c’est le choc de la première, et deuxième guerres mondiales qui s’impose. Après la boucherie des tranchées, et les ravages perpétrés par les nazis, où la bonté humaine se place-t-elle ? La dite nature humaine chrétienne et rousseauiste n’est qu’un pur mensonge, nos rapports se régissent par la théorie darwiniste, le plus fort sera toujours le vainqueur. L’existentialisme de Sartre, et l’absurde de Camus, résonnent dans les murs de la première salle, Le cri de Munch est le drapeau de guerre, le portrait de cette génération perdue qui se laisse emporter par le néant et le désarroi en tournant le dos. Tout comme le personnage du tableau de Bacon, tout espoir est perdu face aux atrocités.

Mais ne vous inquiétez pas, les salles suivantes apaisent et sont un baume pour l’âme. La contemplation est la consigne, devant nos yeux des paysages magiques, et d’une beauté éblouissante, se déploient scandant les couleurs des toiles. Regarder, apprécier et prendre de l’envol, le spectateur est invité à se détacher de son existence, à s’oublier face à la Nature. Un certain romantisme est latent, peut-être même la mélancolie, mais non pas le désespoir. Il faut regarder ailleurs et méditer pour trouver sa place, tout est dans l’oubli de soi. Les quatre vues du Lac Keitele d’Akseli Gallen-Kallela, sont des pièces qui invitent le spectateur à porter son attention sur les détails. Qu’est-ce qui différencie une toile de l’autre ? La technique et les expériences optiques des peintres sont fort importantes. L’œil est ici mis en valeur, la perception et sa décomposition sont l’axe principal. Il faut toujours regarder autrement pour pouvoir accéder à d’autres niveaux. Les Nymphéas bleus de Claude Monet invitent à presque sentir les fleurs, l’œuvre substitue le toucher, la peinture va au-delà de l’expérience visuelle.

Le troisième volet s’attaque à la modernité et la culture pop, avec des tableaux de Robert Delaunay, Fernand Léger et Francis Picabia, qui par la couleur et l’innovation dans les formes, célèbrent l’arrivée d’une machinerie industrielle puissante. Le corps humain se transforme aussi, les femmes sont devenues des pinups aux corps voluptueux, l’abondance est la reine de cette ère où l’industrie se développe, et pose les bases du système économique actuel.

Finalement, la dernière salle met à l’honneur la musique avec des toiles de Kandinsky, de Kupka, Severini et Matisse. Que ce soit à travers les formes, les couleurs ou de manière figurative, la danse et la musicalité, sont donc évoquées.

Les fondements de la Fondation sont regroupés : expressionnisme subjectif, contemplation, popiste et musique, quatre principes qui essayent d’étudier l’homme sous des angles de vue différents. Les salles aérées permettent au spectateur de « s’immerger » parmi les œuvres et de créer un véritable échange avec elles, chaque toile ou sculpture compte dans l’exposition, tout est planifié pour que le visiteur puisse en avoir une compréhension totale. Il est pertinent de comparer Les clefs d’une passion à un cours d’histoire de l’art, car chaque œuvre retrace les principaux mouvements qui ont surgi au cours du XXème siècle. Suprématisme, futurisme, abstraction, expressionnisme, nouvelle objectivité…bien que tous ne figurent pas dans l’exposition, une grande partie du XXème siècle est sous le toit de la fondation. Le principe fondateur des avant-gardes est d’innover et de faire table-rase. Petite piste éventuelle pour les expositions qui auront lieu dans la fondation…

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