Les enfants de la peste, Nous les morts – Darco Macan & Igor Kordey

Mort-vivants, Moyen-Âge et Incas ? Hum non, je ne connais pas ce cocktail. Comment l’appelles-tu ? Les enfants de la peste, Nous les morts ? Servi par Darco Macan et Igor Kordey ? Ben écoute, sers m’en un verre, je vais te dire tout de suite ce que j’en pense.

Ok, ça arrache un peu mais j’adore. Je vais même te faire un peu de publicité, je vais en parler un maximum autour de moi.

(Ceci est un dialogue fictif entre la rédactrice et un barman quelconque. C’est une image filée, destinée à jouer entre le lien, entre le bar et ce papier, à pur but humoristique, car voyez-vous, l’auteure de l’article est très drôle. Mais maintenant le véritable article reprend. Malgré l’hilarité qui vous gagne, essayez de reprendre votre sérieux pour suivre. Merci et bonne lecture.)

Au XVI siècle, une épidémie frappe l’Europe laissant chaque âme transformée en ignoble zombie mangeur de chair fraîche. Par conséquent, l’Amérique n’a jamais eu à subir d’attaques coloniales, et 500 ans après le début de l’épidémie, prospère en paix. Les Aztèques et les Incas notamment, sont devenus deux très grandes puissances, et contrôlent une vaste partie du territoire. Ils restent cependant fidèles à ce que l’on sait d’eux aujourd’hui : mêmes dieux, mêmes rituels, costumes traditionnels et autres. Le roi Inca, sentant sa fin proche, confie son plus grand secret à ses deux fils : plusieurs années auparavant, des hommes de l’autre côté de l’océan sont parvenus jusqu’à eux. Incapable de les tuer, le roi est persuadé qu’ils ont découverts la fontaine de jouvence, le remède ultime. Il envoie donc son aîné à la conquête de ces territoires inconnus, avec la charge de ramener l’Élixir de jouvence.

Le début de l’histoire partait sur quelque chose de très classique, avec une typographie style moyenâgeux, un thème religieux, des couleurs sombres et pas mal de sang. Il suffit de tourner une page pour se retrouver dans un tourbillon de couleurs chaudes, de culture Inca, de plumes et de bijoux d’or. Et de sexe, assez cru et souvent incestueux. Deux univers parfaitement opposés : le monde terne et mort, contre les couleurs du soleil et de la vie. Une sacrée opposition qui fonctionne à merveille ! D’abord parce que c’est quand même super inattendu. Ensuite, parce que pour une fois ce sont les indigènes d’Amérique qui prospèrent, et l’Europe qui meurt à petit feu. Et enfin parce que c’est génial. L’univers s’installe sur deux continents différents, installe une uchronie, confronte deux cultures … Franchement, comment peut-on ne pas être fan ?

La BD offre beaucoup de texte, signe que l’univers est consciencieusement construit, bien pensé et assez vaste pour pratiquement fonctionner seul. L’attention est entièrement tournée vers les Incas et plus particulièrement sur la famille royale. Tous ses membres sont assoiffés de pouvoir, au point de fomenter les meurtres de leurs parents : l’amour, c’est pour les faibles. On se marie entre frères et sœurs, on tue le papa, et on va voir de l’autre côté de l’océan pourquoi les gens qui auraient dû venir nous coloniser il y a des siècles, se sont transformés en mangeurs de cerveaux. Bon, ça occupe la matinée mais que faire ensuite…

Concernant les deux trois choses qui peuvent poser problèmes, on peut citer d’une part le langage très cru, et la sexualité débridée. Si vous n’êtes pas facilement choqués, ça devrait aller. D’autre part, même si les dessins sont superbes, on pourrait leur reprocher un côté un peu fouillis dans l’attention portée aux détails. Et encore, c’est vraiment pour faire la fine bouche, parce que ce sont juste des détails qui pourraient éventuellement vous embêter. Mais il y a de grandes chances que ça ne vous gêne pas du tout.

Conclusion évidente : allez jeter un coup d’œil à ces planches, rien que pour encourager les auteurs à nous offrir des intrigues, à ce point, novatrices.

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