Les enfants d’Erostrate de Mickaël Koudero

Novembre 2010, un homme est retrouvé assassiné dans une église à Lyon. A l’autre bout de la France sa fiancée est découverte pendue à un arbre, un meurtre maquillé en suicide. Une véritable route du sang emmène les trois enquêteurs en Belgique, vers un tueur en série libéré un an plus tôt, le Borgne. Pourtant rien de concorde, ni l’âge avancé de l’ancien meurtrier, ni les indices qui jonchent le sol détrempé du Nord. Réunis dans l’horreur, ces trois policiers devront faire face aux tréfonds de l’âme humaine, autour de récits cauchemardesques.

Pour l’écriture de son premier roman, Mickaël Koudero emporte le lecteur dans une histoire hallucinée et violente, aux frontières du Mal. Dès les premières lignes, le lecteur est happé par un récit musclé et bien tempéré qui le plonge, en une fraction de seconde, dans un univers d’une violence inouïe. Déroulant une intrigue ciselée et passionnante, l’auteur nous offre une virée dans le quotidien bouleversé de policiers usés jusqu’à la corde, allant des bureaux suintant le tabac froid avec des néons brisés, aux scènes de crimes les plus abjectes. Il devient alors impossible de se détacher de l’intrigue, comme de garder un semblant de sourire, pendant toute la durée de la lecture. Pulvérisant l’ésotérisme violent d’un Maxime Chattam, Mickaël Koudero s’aligne sur Jean-Christophe Grangé par sa manière de travailler ses personnages principaux: écorchés par la vie, brillants, tourmentés, seuls. Le drame, omniprésent, scande les chapitres à un rythme effréné, dévoilant au fur et à mesure l’ampleur de l’horreur. Le lecteur est sur une ligne invisible entre la folie et la raison, l’invention et la réalité. Tout au long de l’histoire, des parallèles avec le monde réel ne cessent d’apparaître, ajoutant une légère touche d’angoisse bien frappée.

Koudero a lu, beaucoup. Il connait ses classiques, et sa virtuosité offre le signe d’un savoir-faire immense, parfois perturbée par quelques répliques surannées que l’on pourrait mettre sur le compte du « premier roman”. Il semble écrire un ouvrage que lui-même aimerait lire. Son roman il l’a travaillé avec passion, avec patience et avec une masse d’informations incommensurable, et cela se voit. A travers ces pages de papier, la réalité n’est pas manichéenne, elle est complexe et torturée. Michaël Koudero ne prend pas parti, il ne cherche pas à influencer son lecteur, il le laisse appréhender seul l’évolution du récit. Cette approche littéraire, qui tranche avec la cruauté de certains passages, apporte un certain équilibre effectif au texte, ne noyant pas le lecteur dans une histoire trop sombre. Certes depuis le début de cet article il est question de mort, de détresse et de pluie glacée, mais Les enfants d’Erostrate apporte aussi quelques éclats de vie, comme une percée lumineuse à travers les nuages, réchauffant un court instant les coeurs et l’esprit, avant de replonger dans un abîme incertain. Quête sanglante sur la transmission et la gloire la plus malsaine, cette aventure ne laissera personne indifférent…

Les enfants d’Erostrate de Michaël Koudero
Disponible depuis juin 2015 sur Amazon en format Kindle ou broché.
398 pages
14,99 euros.

Crédits et sources photographiques: Amazon/Michaël Koudero/Augusto Cabral.

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