Les fantaisies de Raqib Shaw

Raqib Shaw est un artiste indien et anglais. Son travail est visible à la White Cube Galerie en ce moment.

La Galerie White Cube présente, jusqu’au 11 septembre 2016, les nouveaux travaux de l’artiste Raqib Shaw. Entre fantaisie, autobiographie et histoire, bienvenue dans l’univers coloré de l’artiste !

Renaissance man

L’exposition qui s’intitule « Self-Portrait », fait, de nombreuses fois, référence aux œuvres les plus anciennes de l’histoire de l’art, et plus précisément à celles de la Renaissance. On pense, notamment, aux peintures maniéristes de la Renaissance Italienne lorsque l’on regarde certaines oeuvres, on ne peut pas passer à côté des cangiantismes présents presque partout. Les couleurs bougent sur les tableaux, elles sont comme exaltées ! Comment ne pas y voir une référence directe à ce mouvement du 16eme siècle ?

Plus encore, si l’on regarde le tableau Self Portrait in the Study at Peckham, after Vincenzo Catena (Kashmir version), on ne peut s’empêcher de penser, bien évidemment à l’oeuvre de Vincenzo Catena, ainsi qu’à celle de Domenico Ghirlandaio et à son Saint Jérome dans son Etude. Le Self Portrait in the Sculpture Studio at Peckham est inspiré directement de l’architecture de Mocetto (artiste de la Renaissance Italienne), qui nous rappelle l’Annonciation de Carlo Crivelli (1486). On remarque de nombreuses similitudes entre l’architecture et la construction de l’oeuvre.

Un autre tableau encore, Act 3 in the Organ Room at Glyndebourne (Die Meistersinger) (Series: works with no series), fait directement référence à la toile du Greco Jésus chassant les marchands du Temple Manière Italienne. On remarque que la construction de la scène, et l’architecture, sont sensiblement similaires. L’ouverture se fait sur la droite dans les deux oeuvres. Ce qui est encore plus frappant  lorsque l’on met côte à côte les toiles La Purification du Temple de Shaw et celle de Marcello Venusti. On pourrait presque superposer les deux oeuvres tant elles se ressemblent.

On sent à travers le travail de Shaw son attrait pour cette période de l’Histoire de l’Art, et son grand sens critique. On se rend compte qu’il attache une importance particulière à mélanger les cultures, les genres, à allier la nouveauté et l’ancien avec habileté. 

Les couleurs et les motifs peuvent parfois être très contemporains, pourtant les techniques qu’il utilise sont anciennes, comme le fait de se servir de l’émail dans ses mixtures. Il mélange de la peinture à l’huile ainsi que de l’hammérite, ce qui prend énormément de temps à sécher, à l’émail il ajoute des éclats de verre. Le tout donne à la toile un côté très brillant, très lisse, presque irréel. L’artiste se met aussi en jeu dans son travail, pour faire le lien entre le public et l’intérieur de l’oeuvre, c’est le message qu’il souhaite faire passer. On voit énormément de cadavres, de bijoux, de billets de banque. Autant de symboles qui sont une critique directe à la société de consommation et à la situation actuelle du monde. Son regard est très acerbe, très juste. Il sait mettre en lumière les principaux maux de notre temps, tout en soulignant l’importance de ces problèmes et leur impact aujourd’hui.

On ressent fortement l’origine de ses racines. Cette opposition, et mise en relief du paradis et de l’enfer, est un appel direct à sa région natale, le Kashmir, qu’il a dû quitter pour des raisons politiques et religieuses. Cette dualité met en exergue les confits d’aujourd’hui, qui sévissent depuis toujours, entre la religion et l’état, et la bonne entente des deux pour une harmonie utopique de la société.

Un gros oui !

En somme une exposition très intéressante, bien que la scénographie nous freine à première vue. Les toiles sont très espacées les unes des autres, le blanc des murs nous attaque presque, et puis on comprend, à force de laisser notre oeil s’accrocher aux détails, qu’un tel espacement était nécessaire à la bonne appréciation de chaque oeuvre. Le fait que la salle soit aussi vide, et les oeuvres aussi riches, met en place un contraste tel que notre oeil accroche obligatoirement. On est aspirés et envoûtés par le travail de Raqib Shaw, littéralement. Cette grande claque visuelle nous plonge directement dans un questionnement très profond sur la symbolique de son travail, la signification cachée, ou visible, derrière chaque objet, forme, matériau. On ressort de là complètement bluffé, et même s’il fait beau à Londres en ce moment, le soleil parait bien fade comparé à ses oeuvres. 

Un conseil : FONCEZ Y !

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