Les femmes discriminées au Festival d’Angoulême

En raison de la sous-représentation voire de l’absence de nominées au Festival International de la bande dessinée d’Angoulême, les éditeurs appellent au boycott de la 44ème édition qui se tiendra du 26 au 29 février 2017.

Quelques semaines après la polémique de la 88ème cérémonie des Oscars, c’est au tour du Festival International de la bande dessinée d’Angoulême (FIBD) de faire parler de lui. Parmi les controverses faisant surface : les « nombreux couacs » évoqués par le journal 9ème Art mais surtout le manque de représentativité des femmes auteures dont le nombre s’accroît pourtant dans le domaine.

Depuis la création du festival en 1974, seulement deux femmes ont été récompensées : Claire Brétecher en 1983 (Prix du 10ème anniversaire) et Florence Cestac en 2000 (Grand Prix). Autant donc dire que les femmes ont toujours eu du mal à trouver leur place au sein du festival du 9ème art. Cette année encore, la liste des trente auteurs nommés a créée de fortes émulations : aucune femme n’a été retenue. Hermann, dessinateur et scénariste belge de 77 ans, en est le lauréat.

Bande dessinée et sexisme : la contre-attaque

Cette forme de discrimination envers les femmes dans le monde de la bande dessinée en a révolté plus d’un, à commencer par Pénélope Bagieu, dessinatrice et illustratrice française qui a relégué sur son compte Twitter un article du Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme intitulé « FIBD : Femmes Interdites de Bande Dessinée ». Le collectif s’insurge : « Nous demandons tout simplement une prise en compte de la réalité de notre existence et de notre valeur. »

Certains auteurs nommés à la 43ème édition du FIBD ont également réagi à cette non-représentation des femmes. En effet, Joann Sfar, Etienne Davodeau ou encore Daniel Clowes et Charles Burns ont demandé à être retirés de la liste des nommés par solidarité aux femmes rapporte le site Toute La Culture. Sur les réseaux sociaux la mobilisation a été aussi forte : les internautes se sont emparés de la polémique. En quelques heures seulement le hashtag #WomenDoBD (les femmes font de la BD) a été repris par des milliers de personnes dénonçant ainsi les inégalités persistantes entre hommes et femmes.

Face à cette triste réalité, 41 maisons d’éditions se sont mobilisées à leur tour. Elles appellent notamment au boycott de la 44ème édition du Festival International de la bande dessinée d’Angoulême qui se tiendra du 26 au 29 février 2017. Dans un communiqué datant du 23 février 2016, ces éditions regroupées au sein du SNE (Syndicat National de l’édition) et du SEA (Syndicat des éditeurs alternatifs) réclament même une « refonte radicale » du festival.

Audrey Azoulay, nouvelle Ministre de la Culture, devrait ainsi être sollicitée afin de désigner un médiateur capable de mener cette refonte. « Le Festival doit être repensé en profondeur, dans sa structure, sa gouvernance, sa stratégie, son projet et ses ambitions » précise Guy Delcourt, Président du groupe Bande Dessinée du SNE. Si rien n’est amélioré à Angoulême alors les éditeurs ainsi que le Collectif de créatrices de bande dessinée contre le sexisme boycotteront le festival.

Un combat pour l’égalité qui perdure

Cet appel au boycott reflète une nouvelle fois le combat mené par les femmes encore aujourd’hui au XXIème siècle : celui de l’égalité entre hommes et femmes. Dans tous les corps de métiers existants, et on l’aura vu notamment au cinéma comme dans le secteur de l’édition, les femmes peinent à trouver leur place aux côtés des hommes, qu’il s’agisse d’un combat salarial ou d’un combat contre le sexisme.

En France, les inégalités se réduisent, certes, mais sont encore loin d’atteindre la parfaite égalité dans le monde du showbiz ou la vie quotidienne. Selon les derniers chiffres 2015 de l’Observatoire des inégalités, les femmes, temps de travail confondu, gagnent 24% de moins que les hommes.

Cette revendication des éditeurs pourrait bien changer la donne, du moins dans le monde de la BD. Affaire à suivre.

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