Les frères Coen rue Champollion

Ce mois-ci, les frères Coen investissent le célèbre espace Jacques Tati.
Les avis sur les frères Coen sont multiples, et certains voient en eux des membres de l’industrie hollywoodienne comme il y en a bien d’autres. C’est dommage. Certes, si l’on s’introduit dans leur cinema avec Intolérable cruauté, on ne peut être que déçu. Cependant le Champo nous montre toujours les perles, et alors qu’il y deux ans déjà, était passé Blood Simple et Barton Fink (qui leur valut la palme d’or en 1995), cette année, O’brother, The Barber et Miller’s crossing sont à l’honneur. Ces trois films, bien que différents par l’histoire, l’époque et les personnages dont ils nous parlent sentent le frère Coen à plein nez. Avec des poussés de violence soudaines, des fins déstabilisantes et des ahuris en guise de personnages.

O’brother, inspiré de l’Odyssée d’Ulysse, se présente comme un hymne aux mystères et aux charmes du sud américain. Dans une époque pas si lointaine, gangsters et fugitifs aux bras cassés se croisent et défient la police, le Ku Klux Klan et les normes sociales de leur époque. Le trio que forment George Clooney, Tim Blake Nelson et John Turturro, n’est pas sans rappeler un numéro de clown-acrobate, dont les gags ne cessent de nous surprendre.

Miller’s crossing, se déroule pratiquement à la même époque, cependant, les Coen y exploitent un autre genre. Autour d’un personnage mystérieux, un peu froid, se succèdent, comme au théâtre, toute une série de Gangsters plus dégénérés les uns que les autres. Durant deux heures, le personnage valdingue entre la fiancée de son patron, les caïds de la mafia italienne et “Miller’s crossing“, le lieu où l’on exécute les victimes de la pègre. Bref, avec un casting de choix et des effusions de violence imprévue, ce film noir ne laisse pas de marbre.

Trêve de légèreté, finalement, avec The Barber qui s’avère beaucoup plus complexe que les deux films précédents. Certes, on rit toujours, mais beaucoup plus jaune cette fois. Les Coen font travailler nos cellules grises. Ils viennent interroger l’essence de l’être humain, serions-nous des monstres à l’allure civilisée ?
Surprenant de retournement de situation et habillement tourné en noir et blanc, à l’image de la noirceur des personnages, The Barber est un film d’ambiance qui utilise avec adresse les longueurs et arrivent ainsi à jouer avec nos nerfs apportant la dose de suspens qu’il faut.

Ce qui frappe chez les frères Coen c’est le souci de réalisme tel, qu’aussi invraisemblables et déjantées soient leurs histoires, on a toujours envie de les croire vraies. Pour cette raison, je vous invite à aller vous asseoir au 5 rue Champollion, vous laisser envahir par leurs films.

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