Les jeunes antiquaires sur le devant de la scène. Rencontre avec Gabriel Hostachy, co-organisateur du Salon des Jeunes Antiquaires

Longtemps restés en marge d’un phénomène de valorisation des marchands d’art, via de nouvelles interfaces d’échanges (salons, sites internet, réseaux sociaux, …), les jeunes antiquaires font leur petite révolution à Paris, en lançant le premier Salon des Jeunes Antiquaires (SJA).
La première édition de celui-ci s’est tenue à l’Espace Pierre Cardin dans le 8ème arrondissement de Paris, les 13, 14 et 15 septembre 2014. Témoins du succès de ce nouveau rendez-vous, les organisateurs veulent, pour 2015, présenter davantage de marchands, notamment étrangers, développer les partenariats et évoluer sous une autre forme juridique.

Gabriel Hostachy est à l’origine ébéniste spécialisé dans la restauration de meubles anciens, profession qu’il a dû quitter pour des raisons médicales. Il décide alors de se former en histoire de l’art, en s’exilant une année à Londres, où il étudie le marché de l’art. Malgré son enthousiasme pour le marché britannique, il décide toutefois de lancer son activité à Paris en 2011 et, de se spécialiser dans le dessin du XVIème au XVIIIème siècle.
Co-organisatrice du SJA, Axelle Gaultier de Carville a poursuivi des études en histoire de l’art pour se spécialiser dans l’art animalier. Après s’être formée auprès de commissaires-priseurs et travaillé sur son thème de prédilection, elle crée son entreprise en 2011. C’est tout naturellement qu’elle rejoint Gabriel Hostachy sur son projet de SJA en automne 2013.

Moderniser
Bousculer les codes de la profession, telle est la volonté des organisateurs du SJA. Les nouveaux outils de communication mis à la disposition des marchands d’art n’étant, a priori, pas apprivoisés par la plupart d’entre eux, il fallait porter un grand coup afin de décloisonner et développer tout un segment de marché. La réception fut dans l’ensemble très bonne dans le milieu des antiquaires, qui finalement ne demandent qu’à se laisser guider. Par ailleurs, la démarche entreprise par la jeune génération semble conférer à toute la profession un souffle nouveau et prouve bien qu’il s’y opère une petite révolution. Jeunesse qui met en exergue un attrait toujours croissant pour ces métiers que l’on imagine souvent réservés à d’anciens restaurateurs d’art, des personnalités accédant au statut d’antiquaire seulement passé le quart de siècle ! La tranche d’âge étant de 25-35, les amateurs peuvent s’étonner du professionnalisme et des connaissances de ces tout jeunes marchands qui ne craignent nullement la critique en se lançant à la sortie de l’école. L’initiative du SJA est, dans ce cadre, davantage à souligner au vu de la conjoncture actuelle, des difficultés de l’organisation d’un tel événement et des risques financiers que cela représente, en cas d’échec.

Les organisateurs du SJA ont en effet pensé leur projet de A à Z et ont su parfaitement s’entourer. Une agence de presse, une agence de publicité se sont chargées de la communication, donnant ainsi une grande visibilité au salon et développant dans le même temps un réseau de relai non négligeable pour la suite de l’aventure. La communication représente le plus gros budget du projet, avec un total de 60 000 euros. En outre, le choix du lieu, l’Espace Pierre Cardin, confère un certain prestige au salon, de par les événements qui s’y déroulent et de l’emplacement au sein de la capitale. Pas moins d’une trentaine d’entreprises ont en tout été mobilisées pour le SJA. Pour les marchands présents au salon, c’est une véritable prestation clé en main qui leur est ainsi proposée.

Ces derniers n’ont pas été sélectionnés, à l’inverse d’autres manifestations, mais n’avaient pour seule condition d’accès, la motivation et le professionnalisme. N’oublions pas que les espaces d’exposition leur ont été loués, entre 2 500 et 7 000 euros HT, pour des superficies allant de 9m2 à 24m2.
Valoriser une profession c’est prendre conscience d’un contexte. Avec la Biennale des Antiquaires de Paris, la TEFAF à Maastricht ou autres foires hautement médiatisées, il se créé un bouleversement des codes du marché, comme le fait justement remarquer Gabriel Hostachy. Un nouveau « salon des refusés » se met en place, ne comprenant cette fois nullement les artistes mais bien les marchands, qu’il s’agisse d’art contemporain que d’art ancien. Représenter ces nouveaux refusés du marché visible est donc bel et bien l’objectif premier de ces jeunes marchands qui n’ont pu, en 2 ou 3 ans, se faire un nom au sein de cette élite.

Sensibiliser
Ce nouveau rendez-vous parisien ne tend pas à devenir un congrès annuel de jeunes antiquaires. Il doit amener à lui une nouvelle clientèle, provoquer un premier achat, former le regard et combattre les idées reçues sur le marché de l’art ancien. A titre d’exemple, Gabriel Hostachy cite l’achat, par des personnes présentes lors du salon, d’un dessin à 1 200 euros, montant qui est supposé donner une garantie de la valeur du lot sur le marché. Or, il existe de très beaux dessins avec une belle signature à 600 euros… C’est ici que réside la contradiction des amateurs, qui en amont prétendent ne pas avoir les moyens d’investir dans l’art, et en aval, faire des dépenses irraisonnées alors qu’ils pourraient très bien dépenser moins tout en faisant de très belles acquisitions. Pour donner au visiteur à voir une large sélection d’objets, les organisateurs ont mis un point d’honneur à l’aménagement des espaces. Gardant une cohérence dans l’exposition, les marchands donnent ainsi la possibilité d’appréhender une époque, un style, et de répondre aux interrogations des potentiels acquéreurs.

Développer
Au regard de ce premier succès, les organisateurs du SJA tiennent à réitérer l’expérience en 2015 et à le faire perdurer sur de nombreuses années. Pour ce faire, il s’agira notamment de transformer le salon en entreprise, de développer des partenariats et, le plus important, trouver des investisseurs qui acceptent de se lancer dans l’aventure. Fort de ces premiers résultats enthousiasmants, il est à parier que de nombreux marchands, français mais pas seulement, se manifesteront pour participer au SJA. Sur ce point, Gabriel Hostachy ne sait que répondre. Il est certes envisagé de créer d’avantage d’espaces d’exposition pour accueillir davantage de marchands par la suite, mais si les candidatures sont trop nombreuses, aucune condition de sélection n’est pour l’heure prévue. Comme le jeune antiquaire le souligne, les seuls critères pourraient être la qualité des objets exposés, la motivation des marchands, et l’âge… Il reste une année de dur labeur à l’équipe du SJA afin de monter la prochaine édition mais il ne fait aucun doute que le succès sera de nouveau au rendez-vous.

Premier bilan…
– 2 300 / 2 500 personnes présentes lors du vernissage, soit 70% des invités
– 5 500 visiteurs en 3 jours
– Des ventes comprises entre 1 500 et 30 000 euros

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