Les nuits de Reykjavik – Arnaldur Indridason (2015)

Si je vous dis que le héros du livre s’appelle Erlendur, qu’il vit à Reykjavik, pas loin du mont Skjaldbreidur, vous me répondez …. Islande ? Eh bien oui, parfaitement, le livre du jour est islandais et l’action se déroule en Islande. Alors là chapeau, j’aurais jamais cru que vous alliez deviner. Non vraiment vous m’épatez !

Arnaldur Indridason est reconnu depuis plusieurs années pour être un maître du polar, et ses oeuvres sont traduites dans plus de 37 pays. Il a reçu de nombreux prix européens (le prix Clef de verre du Skandinavia Kriminalselskapet à deux reprises, le Prix du Polar Européen – Le Point en 2008, le Prix d’honneur du festival les Boréales en 2011, le prix espagnol RBA du roman noir en 2013) et son héros récurrent, Erlendur, est devenu une figure incontournable du roman policier.

Il revient cette année, sur les débuts de carrière du policier, son personnage central. Dans ses anciens romans, Erlendur travaille à la criminelle. Ici, il n’est qu’un jeune agent affecté aux missions de nuits, qui s’occupe de gérer les fous du volant, les vagabonds transis de froid, et autres problèmes ménagers sordides. Il voit une femme depuis plus de deux ans, sans que rien de sérieux ne se passe. Il n’a pas de passion, il ne fait que suivre le cours des choses, sans se plaindre. Grosse ambiance…

Malgré tout, il peut se montrer très obstiné s’il pense qu’une affaire classée peut cacher quelques surprises. Ainsi, quand le corps du vagabond Hannibal est découvert dans une mare, Erlendur y voit plus qu’un accident. Le vagabond était venu, quelques semaines plus tôt, se plaindre d’une tentative d’assassinat, et notre héros, comme ses collègues, n’y avait pas cru. Se sentant coupable, il remonte la piste du crime possible. Il rencontre la sœur et le frère d’Hannibal, explore son passé et questionne toutes ses connaissances pour découvrir si sa mort, implique ou non, une tierce personne.

Ce livre m’a fait l’effet d’un espace immense et entièrement vide. Je pourrais presque finir avec cette phrase, mais je sens que certains seraient déçus.

Le héros est intimement convaincu que quelque chose de louche s’est passé la nuit de la mort d’Hannibal. Or, il n’y a rien sur la scène du prétendu crime, qui puisse confirmer ou infirmer son soupçon. Pendant un bon premier tiers du livre, Erlendur passe son temps à questionner ses amis, et sa famille, et reçoit à chaque fois la même réponse : « Hannibal était alcoolique, il est très possible qu’il se soit noyé sous influence de l’alcool». Mais non, ça ne lui suffit pas, il continue. Pendant la première moitié du livre, il ne trouve quasiment rien. Tant pis, il continue, toujours inexplicablement, certain d’avoir raison.

Effectivement, il ne peut qu’avoir raison, parce que sinon à quoi bon écrire le livre ? Mais comme il découvre la moitié du quart d’un indice probable toutes les cinquante pages, et que toutes les connaissances d’Hannibal lui répètent qu’il n’avait aucun ennemi, qu’il buvait beaucoup, et qu’il commence à être lourd avec toutes ses questions, on s’interroge quant à ses convictions.

De plus, pour obtenir ces indices, il doit revoir des personnes avec lesquelles il a déjà discuté, qui vont lui tenir la même conversation, et juste changer une toute petite information, ce qui justifie à elle seule ces innombrables moments de parlotes. Et comme les indices sont très maigres, le lecteur ne se sent pas impliqué par l’enquête, car il n’a aucun moyen d’échafauder une théorie. Tous les détectives en herbes se sentent frustrés. J’ai bien vite rangé ma pipe et ma loupe, déçue.

Certes, pour le coup, l’enquête est tout à fait réaliste. On suit le quotidien difficile d’Erlendur qui rencontre des alcooliques, des personnes violentes et autres. Clairement, le quotidien d’un policier est bien retranscrit et l’enquête met beaucoup, BEAUCOUP, de temps à progresser, comme s’il s’agissait d’une véritable affaire. On perd quand même énormément, côté suspense, et maintien de l’intérêt du lecteur… Trop à mon goût.

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