Les passions de Roberto Longhi

Le Musée Jacquemart André expose jusqu’au 20 juillet la collection de Roberto Longhi.

L’exposition propose de redécouvrir les œuvres du célèbre historien de l’art en utilisant Caravage comme sujet central. Tout le parcours est construit sur l’influence et l’impact de Caravage au fil du temps. Les œuvres provenant de la Fondation Roberto Longhi et des plus grands musées italiens, sont montrées en France pour la toute première fois.

On commence avec une œuvre centrale en histoire de l’art : Le Garçon mordu par un Lézard, de Caravage. On peut également admirer L’Amour Endormi et Le Couronnement d’Epines. Ces trois œuvres sont très importantes pour lire l’œuvre du Caravage mais également, pour comprendre l’influence qu’il a eue sur les artistes de cette période. Le clair-obscur, cette technique emblématique du Caravage est habilement mise en avant dans cette première salle.

Roberto Longhi a voué sa vie à l’art, et plus particulièrement au travail du Caravage, un artiste qu’il affectionnait tout particulièrement. L’exposition propose donc, au fil du parcours, de découvrir à quel point Caravage est un artiste important pour la démarche artistique de la Renaissance.

L’exposition propose un parcours quelque peu confus, mais toutefois focalisé sur le travail de recherche de Roberto Longhi et son amour du Caravage. On peut étudier les œuvres sur lesquelles a travaillé Longhi, ainsi que celles d’autres grands maîtres, tels que Ribera, Masolino, Masaccio, Piero della Francesca, Giotto… A chaque fois, l’œuvre d’un artiste est mise en miroir avec celle du Caravage. On comprend alors, beaucoup plus rapidement, l’influence de ce dernier sur ses contemporains.

Longhi se prend de passion pour Caravage lorsqu’il le prend comme sujet de thèse (1911). Longhi choisit, pour l’époque, un sujet presque oublié des historiens de l’art. Il va rétablir la place de Caravage dans l’art. Le travail du Caravage est une réelle révolution. Le traitement pictural de cet artiste est un pas de géant ! Et il l’a bien compris. Avec Quesiti Caravaggesschi (1928-1929), Longhi approfondit encore plus le sujet, qu’il ne l’a fait avec sa thèse. Il va vraiment au cœur étudier l’essence même du peintre.
Longtemps, nombres d’historiens ont tenté de mettre des mots sur la technique du Caravage sans pouvoir y parvenir. Longhi a su saisir l’esprit du maître à travers sa peinture.
Il parle d’atmosphère dramatique et de réalisme sensuel. Un paradoxe qui, pourtant, qualifie plus justement l’univers si étrange, si dense des toiles de Caravage.

Mais Longhi n’a pas étudié qu’un seul artiste. Il a réellement voué sa vie à approfondir l’analyse des maîtres de la Renaissance.

Regardons alors le travail de Giotto. Le travail d’historien de l’art et de passionné de Roberto Longhi lui a permis d’attribuer, en 1930, 4 panneaux, exposés au musée Jacquemart André, et ainsi de reconstituer un polyptique conçu pour une église de Florence. Giotto est une figure emblématique en histoire de l’art. Il humanise beaucoup plus ses personnages, manie le sens de la narration de façon inédite pour son époque. Giotto met l’homme au centre du monde, car c’est la vision qu’il en a. Son travail inspirera par la suite des générations et des générations d’artistes.

Nous continuons ensuite avec Masolino. L’artiste réalisa les fresques de San Stefano (Empoli), il manie la couleur avec délicatesse et souplesse. Les nuances sont d’une intensité sans égale, il travaille, par la suite, avec Masaccio. Tous deux vont réaliser la chapelle Santa Maria del Carmine (Florence). Roberto Longhi se lance alors dans un travail de recherche acharné, afin de savoir quelles parties peintes de la chapelle reviennent à chacun des deux artistes. Le travail de cet historien de l’art est inédit. Il se jette corps et âme dans la recherche pour être toujours au plus près de la vérité.

Il poursuit avec l’étude de Piero della Francesca. Longhi explique dans ses écrits qu’il est, en quelque sorte, le fondateur du «collorisme». C’est vraisemblablement lui qui est le premier à s’autoriser une certaine façon de colorer. C’est un peintre résolument libre, et c’est ce que Longhi souhaite mettre en avant, dans son ouvrage biographique sur l’artiste.

Bien que la muséographie soit un peu bancale, les œuvres présentées sont fabuleuses. Il nous est possible de voir, côte à côte, des chefs d’œuvres de l’histoire de l’art. Et c’est une chance inouïe que nous offre le musée Jacquemart André et la Fondation Roberto Longhi.
Le travail de Longhi est titanesque et cette exposition ne le montre que mieux. Les artistes clés de l’histoire de l’art italien sont, ici, mis en avant, à la lumière des recherches de Longhi. Cette exposition nous offre le privilège de comprendre les avancées majeures en histoire de l’art, et de voir, également, l’évolution et l’influence des artistes entre eux, selon les ateliers dans lesquels chacun évolue, mais aussi d’un point de vue géographique.

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