Les Photaumnales 2015

En 1840, Hippolyte Bayard réalisa la première mise en scène photographique de l’histoire. Son autoportrait, en noyé, laissa froide toute une audience qui n’avait pas encore subi les effets de la photographie. Quelques décennies plus tard, l’image photographique représente l’un des piliers de la société moderne. L’autoportrait à la Bayard a été dépassé ainsi que la technique qu’il utilisa. Aujourd’hui, les appareils numériques ont pris le dessus, l’immédiat n’est pas suffisant, il faut désormais le partager, le télécharger.

À l’occasion des journées du Patrimoine, la ville de Beauvais a décidé de rendre hommage à Bayard, figure tutélaire dans l’histoire de la photographie. Les Photaumnales essaient de rapprocher ainsi le dessein premier de la photographie, et celui des artistes actuels. Comment donc cette discipline artistique a-t-elle évolué au cours du temps ? Quelle est la tâche à remplir par la photographie ?

Une première salle expose quelques expériences photographiques, une sorte de chambre noire faite par Marja Pirilà et Petri Nuutinen, où l’on peut voir justement le fonctionnement de cette chambre noire. L’image est inversée, la structure nous montre, à grande échelle, ce qui se produit dans l’œil humain qui inverse les images : c’est au cerveau de tout arranger pour faire sens. L’expérience photographique se fait par le biais de la lumière, l’œil perçoit les ondes émises soit par le soleil, soit par une source lumineuse artificielle. Derrière les belles images produites par les photographes, la part des rayons lumineux est essentielle, et cette première salle est une sorte de leçon qui nous rappelle le fonctionnement du sens de la vue. Quelques images de la photographe finlandaise Marja Pirilà sont exposées dans ce premier volet, photographies qui mettent en exergue le phénomène physique. Mais plus qu’un phénomène naturel, les clichés de Pirilà exposent une mise en scène construite où la photographie oublie ses technicités mettant en valeur sa valeur esthétique.

Après cette première approche à la technique photographique, la salle subséquente présente des clichés qui remontent aux tous débuts photographiques. La qualité de ces derniers témoignent du passage du temps : des documents quasi fantomatiques où la lumière prend encore une fois le dessus, et efface pratiquement les sujets photographiés, qui nous sont dévoilés, et mis à la disposition de nos regards. Paradoxe imagé puisque la photographie consiste à laisser une trace visible, et à rendre pérenne le moment fugitif. Quel type de patrimoine qualifie alors des photographies effacées ? Bien que la trace soit fortement sujette à disparition dans l’avenir, ces clichés représentent des archives, des petits bouts anachroniques d’un temps qui n’est plus, atteignable juste par le biais photographique.

Troisième et dernière partie de l’exposition, des clichés « modernes » sont exposés, un saut énorme existe entre les photographies prises par Bayard, et les créations d’artistes contemporains. C’est dans ces dernières salles que la réflexion se fait vraiment. Après avoir rempli avec diligence le rôle mimétique, tout comme dans la pratique picturale, la photographie cherche à s’émanciper. Que faut-il photographier alors ? L’artiste Pascale Peyret nous donne une idée de l’avenir. L’image ne nous renvoie plus à ce qui existe dans le réel, mais dans le monde abstrait des ordinateurs. Comment représenter le flux informatique recueilli par les satellites ? Comment représenter l’abstrait ? Les photographies de Peyret nous donnent une idée possible de la représentation du « data » informatique. Par ailleurs, suivant une lignée plus traditionnelle, le photographe hongkongais Almond Chu rend compte des paysages urbains et de leur changement. Que ce soit le fruit d’une catastrophe naturelle, ou encore un choix totalement conscient, les villes subissent des modifications qui vont de pair avec le progrès. Les photographies de Chu ressemblent à des peintures romantiques où l’homme n’apparaît guère. Les dégâts produits par l’homme, la présence pesante des bâtiments, demeurent des empreintes sourdes du passage de l’humain sur terre. Un calme s’instaure dans les photographies de cet artiste nous laissant avec le doute : si l’homme s’éteint, que laissera-t-il derrière lui ? Pour conclure, l’éclectisme de l’exposition nous fait comprendre l’étendue de ce médium photographique qui n’arrête pas de nous émerveiller, et de nous questionner sur nos rapports à l’image.

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