Les robes sculptures de Noureddine Amir ou l’art de la magnificence

Pour sa dernière exposition avant fermeture pour travaux, la fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent met à l’honneur Noureddine Amir, couturier marocain travaillant les matériaux de sa terre natale afin d’en réaliser des robes sculptures uniques. Entre interrogation et innovation, cette exposition offre un voyage exceptionnel au coeur d’un univers où le temps s’arrête.

Noureddine Amir bouscule les codes

Diplômé d’ISAM en 1993 et d’ESMOD en 1996, Noureddine Amir est un couturier ayant pour prédilection le travail des matières. Né au Maroc, il tient particulièrement à promouvoir la richesse de son pays en jouant avec les textures et les matériaux. À partir de raphia, de tissus imprimés au henné, de toile de jute, de mousseline de soie ou encore d’organza, utilisés par beaucoup de femmes de façon traditionnelle, il façonne ses créations à la manière d’un sculpteur et en fait ressortir toute leur splendeur. Une façon de faire éloignée de celle de la fondation Pierre Bergé-YSL qui expose pourtant ses œuvres depuis le 9 mars 2016. « Mais les artistes, lorsqu’ils ont du talent, ne parlent-ils pas le même langage ? ». A cette jolie phrase de Pierre Bergé, on n’hésite pas à répondre que oui. Et du talent ça Noureddine Amir en a, et bien plus encore. Comme nous l’a affirmé monsieur Hamid Fardjad, commissaire de l’exposition, il est l’expression même du « renouveau », d’une « ouverture » sur le monde, une « voix vers l’avenir et la création » artistique.

Avec « robes sculptures », le couturier en finit avec la création artisanale typique au Maroc et propose une véritable réflexion. Il interroge le lien entre mode et architecture, évoque un retour à la nature et réveille surtout les sens. Ses pièces invitent au toucher, au contact corporel tant les matières paraissent tantôt fluides et légères, tantôt rigides et sèches. Noureddine Amir a cette capacité à lire dans les plis de la matière et à en faire resurgir magie et beauté. Comme l’explique le philosophe et critique d’art Moulim El Aroussi, « les totems que produit Noureddine Amir nous renvoient à des formes lointaines que nous ont léguées des sociétés dites primitives ». Son travail sur la matière, au point de créer la sienne, s’accompagne finalement d’un retour à un archaïsme tant dans les images que dans les formes. Ses robes sculptures sont d’une élégance, d’une finesse, d’une pureté et d’une noblesse intenses.

Une scénographie hors du commun

Dans la première salle de l’exposition, dix robes, courtes et longues, sont parfaitement alignées créant une petite allée. On se retrouve alors accueilli par autant de belles sculptures à la façon d’un rituel. Sur fond de Desert Equations de Sussan Deyhim (irano-américaine) et Richard Horowitz (américain), composition originale, on se laisse tout doucement guider vers la deuxième salle en forme de cercle. Suspendues à plus de deux mètres au dessus du sol, douze majestueuses robes s’exposent ensuite au regard. Chacune d’entre elles est subtilement mise en lumière par un jeu entre ombre et illumination.

Non portées mais bien exposées de manière contemporaine, les robes sculptures de Noureddine Amir acquièrent grâce à cette exposition une plus grande visibilité. Elaborée par Christophe Martin, la scénographie nous invite à poser un autre regard sur l’art. Pour Hamid Fardjad autant que pour nous, cette scénographie inhabituelle « bouscule les habitudes, surprend et prend une autre dimension », presque lunaire. Dans cette dernière, où les trophées de Noureddine Amir sont figés, le temps s’arrête véritablement. On ne peut que rester bouche bée devant tant de délicatesse et de symbolisme.

Artiste unique en son genre, Noureddine Amir est aujourd’hui énormément copié dans les souk marocains mais est aussi une source d’inspiration pour les jeunes étudiants de l’école de mode de Casablanca. Se rendre à « robes sculptures » à la fondation Pierre Bergé-YSL est alors une autre façon de s’imprégner des ses œuvres qui marquent une véritable « cassure » dans l’Histoire la mode et de la sculpture.

Informations pratiques
3 rue Léonce Reynaud, Paris 16ème
Entrée libre
Tous les jours sauf lundi de 11h à 18h

Crédit photo : Elodie Schwartz

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