Les Sculptures Souabes de la fin du Moyen-âge

Depuis le 1er avril se tient au musée de Cluny une exposition dédiée aux sculptures Souabes de la fin du Moyen-âge.

La Souabe est la région historique du Sud de l’Allemagne bordée par le lac de Constance.
À la fin de la période médiévale, les deux métropoles rivales, Ulm et Augsbourg, bénéficiaient du statut de ville libre du Saint Empire romain germanique, et relevaient directement de l’autorité de l’empereur.
C’est donc dans ce cadre urbain que les maitres sculpteurs dirigèrent des ateliers, qui firent figure de petites entreprises lorsqu’ils devaient exporter leur production de retables au- delà des Alpes. Ce courant stylisé, fondé sur la multiplication de plis parallèles, précéda le déclin de la sculpture religieuse induit par la Réforme, ce qui porta un coup d’arrêt brutal à l’activité des sculpteurs.

L’art du retable et la finesse des sculptures en bois

La première partie de l’exposition est dédiée aux sculpteurs Souabes.
Les productions étaient essentiellement religieuses puisqu’elles étaient destinées au mobilier des églises. Les sculptures souabes se distinguent par la grâce des types féminins et par un travail savant des drapés, comme le prouve par exemple, la Sainte Catherine issue de l’atelier d’Ivo Strigel.
Les travaux des Souabes dégagent une force expressive incroyable. Leurs œuvres sont pleines de sensibilité.

Le retable en bois, à volets mobiles, est l’autre production majeure sculptée en Allemagne à la fin du Moyen-âge. Cette construction verticale porte des décors sculptés, peints, en arrière de la table d’autel d’un édifice religieux. La fabrication de cet élément essentiel du mobilier, nécessitait la collaboration de trois métiers : menuisiers, sculpteurs et peintres. Un seul maitre recevait la commande et coordonnait les travaux.
L’intérêt est porté sur les parties sculptées qui sont toutes exécutées dans du bois de tilleul, puisque l’on obtient un résultat tout en finesse comme l’atteste le relief de la nativité, issu musée des Beaux-Arts de Paris, où son décor architectural antiquisant trahit la réception croissante de l’Allemagne aux motifs de la Renaissance Italienne.

La Haute-Souabe réunie autour d’un grand maître

Une autre partie de l’exposition est consacrée au Maitre de la Sainte Parenté de Biberach (Meister der heiligen Sippe), un sculpteur anonyme talentueux, rattaché par plusieurs historiens de l’art à Michael Zeynsler. L’artiste doit son nom au Retable de la Sainte Parenté, offert peu après 1500 au couvent des dominicaines de Saint-Achace par la famille Hackeney.
Néanmoins, même s’il fait partie des peintres anonymes les plus féconds du début du XVIe siècle à Cologne, puisqu’on lui attribue plusieurs retables d’un format imposant, des panneaux, des portraits, mais aussi des cartons de vitraux (pour l’église de Cologne en particulier), des différences d’exécutions dans certaines oeuvres invitent à penser qu’il dirigeait un grand atelier.
L’œuvre la plus représentative de son travail est, sans aucun doute, les statuettes de la Vierge et de Saint Jean. L’expression du visage et toutes les physionomies masculines attestent du talent de l’artiste.

Cette exposition est essentielle, puisqu’elle met en avant la richesse des collections publiques françaises dans le domaine de la sculpture Souabe. En effet, même si cet art est méconnu du public, il est très apprécié des collectionneurs français de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.
C’est grâce à cela que les musées français avec Le Louvre, le musée de Cluny, le Petit Palais ou encore le musée des Arts décoratifs, ont pu réunir cette somptueuse collection de sculptures Souabes.

L’exposition se tiendra jusqu’au 27 juillet.

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