L’étrange cabinet du 59 rue de Rivoli

Le fantôme de la tour Paris 13 rôde dans les escaliers en colimaçon du 59 rue de Rivoli. C’est un amoncellement d’idioties au marqueur noir qui habille les murs, amoncellement qui en devient presque naturel tant le stylo de votre poche a envie d’ajouter sa pierre à l’édifice. Ainsi, l’amour de Kevin et Eva emménage près de « 2pac c’est mieux qu’une bouteille » et parvient à faire oublier qu’il s’agit de fragments de pensée d’inconnus. C’est une œuvre d’art un point c’est tout. Et dans l’ensemble, les gribouillis sont plutôt intéressants si l’on élève légèrement sa façon de voir les choses. Ou sommes-nous ?

Le 1er Novembre 1999 Kalex, Gaspard et Bruno (ou le KGB) prennent d’assaut l’immeuble et le transforment en galerie afin de permettre à des artistes d’exposer mais surtout de se loger. Le collectif prend le nom de « Chez Robert, électron libre ». Quel accueil chaleureux ! Quel intérêt de rester sur le palier ? Aucun. Pénétrons donc dans les différentes pièces, nous avons le temps, il y a six étages.

Sous ses airs de salle d’activités d’un centre de loisirs, re-décorée à l’occasion du jour de la kermesse, cet ancien immeuble laissé à l’abandon par le Crédit Lyonnais recèle bien des surprises. Vous entrez dans un espace où la peinture, la sculpture, l’installation, la photographie et tous leurs compagnons dialoguent par l’intermédiaire des murs tout de blanc vêtus. Le centre des pièces n’est pas un no man’s land, et vous aurez bien du mal à circuler entre les objets insolites, voire les artistes, clope au bec ou sandwich dans les mains, bien présents devant vos yeux ébahis. Le 59 Rivoli se définit comme un espace cosmopolite ouvert six jours sur sept toute l’année. Une trentaine d’ateliers d’artistes partagés entre les propriétaires et les locataires, ou « électrons libres » qui ne font que passer. Toutes les deux semaines, une exposition plante sa tente Quechua au rez-de-chaussée avant de se faire déloger manu militari par les musiciens du weekend qui entament leur capharnaüm harmonieux (si, si, ça existe) dès 18h.

Octroyez-vous le droit de contempler les portraits aux humeurs maussades et déchirées d’Aliosha, des toiles en pleine discussion avec les héros multicolores, statiques et pourtant si animés de Fabesko à l’opposé de la salle. Les structures abstraites s’immiscent dans un cabinet de curiosités sous le regard des graffitis qui ne demandent qu’une seule chose de votre part : un petit peu d’attention.

Au final, le 59 Rivoli est l’occasion rêvée de faire une pause pendant votre shopping, les surprises que vous trouverez à chaque étage vous feront bien vite oublier l’absence d’ascenseur et, pour couronner le tout, l’adresse est dans le titre. 

Crédit photo : mcalp.fr

 

 

Les commentaires sont fermés.