L’homme qu’on aimait trop

Dernière oeuvre de Téchiné, L’homme qu’on aimait trop s’inspire librement de l’affaire Le Roux / Agnelet. Cette affaire, sur fond de mafia et sombres histoires de casinos niçois, avait défrayé la chronique à la fin des années 70.

La réalisation est fine, intelligente, parfois étonnante (un champ/ contre-champ, à mon sens novateur où le contre-champ est en mouvement, coupé une seconde avant la fin du mouvement circulaire).
De longs travellings sur des routes perçant dans la campagne, ou sur la mer au début du film, happent le spectateur immédiatement dans un rythme certes, mais aux accents langoureux. Ainsi le film s’inscrit très vite dans une histoire où il assiste à la plongée dans les méandres de la folie amoureuse qui ravage l’héroïne de façon insidieuse, alternant scènes où elle est montrée pleine de vie, heureuse, libre et consciente d’elle, de lui, pour n’arriver au noeud de l’intrigue, du fait divers que longtemps après le début du film.

Cette manière d’opérer donne la possibilité au spectateur de voir trois acteurs dirigés exceptionnellement bien.
Adèle Haenel, toute en finesse joue de sa moue boudeuse au gré d’un rythme parfois langoureux où son corps, sa façon de bouger, maladroits sont rendu gracieux et ajoutent au drame d’un fait divers une touche de vérité cinématographique qui, par cette impression de vérité créé au travers de l’oeil de la caméra est tout autre que la réelle réalité.
Outre A. Haenel, G. Canet livre sa meilleure performance jusqu’à maintenant grâce à une égalité, une froideur de ton, de gestes, de pensée, égale au personnage qu’il joue, que l’on peut qualifier de pervers manipulateur.
Enfin C. Deneuve n’est jamais dans l’excès, ni lorsque son personnage est la riche propriétaire d’un fastueux casino, ni lorsqu’elle se mue, trente ans après, en vieille mère éplorée au procès de Maurice Agnelet jugé pour le meurtre d’Agnès.

Cet accent évident mis sur ce qui fait le cinéma- la direction d’acteur, l’acteur, et la mise en scène- permet au spectateur de se laisser aller à une histoire telle qu’elle est racontée avec ses deux protagonistes, en occultant presque presque l’histoire même du fait divers.
Cette impression est confirmée par la toute fin du film, très inégale au reste, qui se repose beaucoup sur la facilité de raconter un tribunal, un procès, une sentence.

La volonté de réalisation de Téchiné ne demeure pas dans le raconter la réalité du tribunal et du fait divers: ses policiers, ses attaches trop présentes au réel.

Elle demeure dans ce qui touche au plus inexplicable, l’acceptation du personnage Agnès Le Roux à se laisser aller à cet amour. Par là elle s’échappe du fait divers pour entrer dans une sphère où deux personnages évoluent, hors du contexte de réalisme.

Les commentaires sont fermés.