MAC VAL : retour dans le passé pour appréhender le présent

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Affiche de l’exposition « L’Effet Vertigo » © MAC/VAL

Cette année, le MAC VAL de Vitry-sur-Seine fête ses dix ans d’existence avec non pas un, mais trois espaces d’expositions. En mettant en lumière des œuvres inédites jusque-là confinées dans les réserves du musée, ce dernier souhaite effectuer une réinterprétation de faits historiques en les ramenant à la lumière d’aujourd’hui. 

L’Effet Vertigo 

La référence cinématographique n’échappera à (presque) personne : en nommant son exposition phare « L’Effet Vertigo », le MAC VAL fait bien évidemment référence au procédé filmique inventé par Alfred Hitchcock dans le film Vertigo (1958). Ce procédé consiste à effectuer un travelling arrière avec la caméra, tout en zoomant en avant afin de mettre en image le vertige que ressent Scottie, alias James Stewart, alors qu’il monte les escaliers de la tour en haut de laquelle se trouve la femme qu’il aime. Ici, comme dans le film, il s’agit de s’intéresser de près à un sujet tout en prenant de la distance avec lui pour mieux en saisir les aspérités. Toutes les œuvres présentes dans cette exposition ont un rapport étroit avec l’histoire. Elle peut être revisitée, réinterprétée, modifiée, magnifiée,… L’histoire tisse le fil conducteur d’une exposition où se succèdent des noms célèbres attachés à des œuvres pas toujours très connues. 

Tout commence avec l’Ecriture nocturne de Renaud Auguste Dormeuil (2006), une œuvre composée de deux murs blancs violemment éclairés par une lumière artificielle. L’éblouissement que subit le visiteur, conçu pour être volontairement insoutenable, l’empêche, dans un premier temps, de discerner l’écriture braille qui recouvre les deux pans de murs. On détourne rapidement les yeux sans parvenir à déchiffrer les inscriptions. Les noms, souvent abracadabrants donnés aux grandes opérations militaires, sont ici rédigés dans une écriture inaccessible au grand public. On comprend aisément que l’éblouissement simule la répulsion vis-à-vis des guerres, rendues étrangement poétiques par le biais de l’écriture braille.

Renaud Auguste Dormeuil – Ecriture nocturne (2006) © Martin Argyroglo / MAC/VAL.

 

Pêle-mêle, on peut citer Boltanski et Les regards (1993), qui présente en version agrandie, les yeux des personnes partant pour les camps de la mort ; la sphère Black whole conference de Michel de Broin (1970), réalisée à partir de chaises standardisées reliées les unes aux autres pour former un cercle de réunion ininterrompu ; La crue de Stéphane Brizet (2010), dans laquelle un bateau en bois semble couler dans une eau elle-même représentée sous la forme de lattes de bois. Impossible de terminer ce bref résumé sans citer l’œuvre Les trésors de la mémoire de Sarkis. Elle se compose de onze photographies d’enfants, chacune extraite d’un film ayant marqué l’artiste. Les yeux de chacun de ces onze enfants sont tous reliés entre eux par un néon lumineux rose qui s’éclaire au rythme des pulsations du cœur de l’artiste, pour qui ces enfants sont de véritables héros.

Stéphane Thidet, La crue (2010) Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne

Stéphane Thidet, La crue (2010)
Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne

Seven Corridors

François Morellet investit la salle dédiée aux expositions temporaires pour un projet inédit qui place le visiteur au centre de l’œuvre. Ce compagnon de route du MAC VAL depuis son ouverture, qui possède 450 expositions monographiques à son actif, présente en ce moment une œuvre au langage dépouillé. Seven corridors, est une sculpture labyrinthe constituée de sept chemins tracés par le biais d’un principe mathématique aléatoire. Le visiteur est invité à y déambuler et, à envisager ces passages comme des métaphores des différentes voies qui s’offrent à nous à certains moments clés de notre vie. Lesquelles choisir ? Dans quel ordre ? Dans quel sens ?

François Morellet, détail de la maquette préparatoire de l’exposition « Seven Corridors » © Studio Morellet © Adagp, Paris 2015

François Morellet, détail de la maquette préparatoire de l’exposition « Seven Corridors »
© Studio Morellet © Adagp, Paris 2015

En questionnant l’histoire, François Morellet questionne aussi le parcours particulier de chaque individu évoluant dans cette histoire. Frank Lamy, le commissaire chargé des expositions temporaires, ne tarit pas d’éloges au sujet de cet artiste et de son travail : « J’aime la radicalité un peu punk de cette œuvre. L’artiste démontre qu’on n’a pas besoin des nouvelles technologies dans notre monde futur. Tout son travail se fait autour d’une économie de moyens, d’une simplicité qui me touche. Il s’inscrit en opposition complète face à une surproduction généralisée »

D’ici et d’ailleurs 

Des photographies dans lesquelles les contours de chaque objet sont découpés avec minutie, afin de reconstituer une photographie entière en trois dimensions. C’est le travail surprenant, et d’une beauté rare, proposé par Yeondoo Jung dans le cadre du programme de résidences du MAC VAL et de l’année France-Corée. L’artiste coréen s’est intéressé aux nouveaux migrants venus s’installer sur le territoire français. Pour ce faire, il est allé à la rencontre de huit d’entre eux, afin de leur poser des questions sur les aspirations et les rêves qui les ont poussés à venir s’installer en France. Interrogé sur sa démarche, l’artiste s’exprime ainsi : « J’ai découvert une société multiculturelle en arrivant en France, et j’ai choisi de m’intéresser aux nouveaux arrivants en leur posant la question : « Qu’est-ce que vous imaginiez avant d’arriver ici ? ». Huit fois sur dix, c’est l’idée de liberté qui revient ».

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Yeondoo Jung, B Camera – The Birds (2012) © Yeondoo Jung

Le résultat est bluffant. Dans sa série « D’ici et d’ailleurs », l’artiste met en scène chacune des personnes qu’il a interrogées dans un environnement qui lui est familier. En plus de la beauté qui se dégage de ces paysages urbains, il faut s’approcher tout près du cadre pour se rendre compte de l’infinité des détails et du découpage minutieux entrepris par l’artiste. Il faut également s’approcher encore plus près pour entendre le mince filet de voix qui s’en échappe. La voix de la personne photographiée, qui énonce à voix haute ses rêves et ses aspirations, grâce à un système de boite montée sur haut-parleurs. L’ensemble créé un jolie brouhaha dans la mesure où les photographies sont rassemblées en une seule et unique pièce.

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