Maggie (2015) d’Henry Hobson

Premier essai sur grand écran du réalisateur britannique Henry Hobson (qui a officié, auparavant, dans les métiers graphiques audiovisuels, souvent en tant que designer), Maggie est un film de genre (le film de « Zombies ») à l’apparence originale, à différents points de vue. Le premier, qui ne manque pas de nous surprendre, dès l’instant où nos yeux croisent l’affiche du long métrage, avec la présence de l’actrice Abigail Breslin (Signes de M. Night Shyamalan en 2002, Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris en 2006, ou Bienvenue à Zombieland de Ruben Fleischer en 2009), et celle de l’ancienne icône du cinéma d’action, Arnold Schwarzenegger (Conan le Barbare de John Milius en 1982, Terminator de James Cameron en 1984, Predator de John McTiernan en 1987,…). Vient ensuite le traitement du genre cinématographique en lui-même : bien que le film « Zombies » soit un « sous- genre » du cinéma d’horreur, régi par ses codes esthétiques et scénaristiques, Maggie fait le choix de s’émanciper de ses règles, si bien que ce film ne devient en rien un film d’horreur, mais plutôt un film intimiste qui nous loge au sein d’une famille frappée par un drame inéluctable. L’étonnement est donc de taille, et notre curiosité nous met forcément en appétit : qu’est-ce qui pousse un acteur comme Arnold Schwarzenegger, référence du cinéma « bourré à la testostérone », à participer (non content d’en être la tête d’affiche, il en est aussi coproducteur) à un long métrage d’anticipation intimiste comme Maggie ?

L’humanité se retrouve frappée d’un mal incurable et terrifiant, un virus transforme tous les êtres contaminés en morts-vivants : leurs organismes se décomposent, et ils perdent peu à peu leur appétit, pour finalement le retrouver à la faveur d’un seul aliment : de la chair fraiche. Wade Vogel (Arnold Schwarzenegger) reçoit un appel de l’hôpital de Kansas City afin qu’il vienne récupérer sa fille Maggie (Abigail Breslin), qui a été admise suite à la morsure reçue d’un homme infecté. Alors qu’il la ramène à la ferme familiale, Wade va devoir faire face à l’inévitable. Il devra faire un choix, placer sa fille en quarantaine avec les autres « infectés », ou se résoudre à prendre une décision radicale.

Favorisant les instants intimes de la famille à la mise en scène de l’élément fantastique (les zombies), Henry Hobson souhaite nous embarquer à bord du voyage entamé par la famille Vogel, celui du décès inévitable d’un membre de la famille. Bien que le caractère fantastique soit présent dans le film (la direction artistique met l’accent sur une photographie extrêmement pauvre en contraste, l’image est aussi livide que l’humanité est malade, les zombies s’apparentent plus à de véritables malades aux veines gangrénées, qu’à des morts-vivants. Les décors sont uniquement composés de vastes horizons abandonnés et défrichis), cet aspect n’est exploité qu’en surface tout au long du film. L’intrigue de Maggie ne s’attarde pas sur les origines de la morsure dont est victime l’héroïne (seuls de courts flashbacks en inserts, viennent nous éclairer sur ce point finalement sans réelle importance), ou le combat livré par l’espèce humaine face à une zombie-apocalypse (dans Maggie, la crise est déjà gérée par le gouvernement, l’épidémie est en phase d’endiguement, le tout illustré par plusieurs voix off et journaux télévisés), mais sur les réactions de l’individu face à la mort. Les séquences sont composées d’épisodes de vie successifs (diner de famille, visite chez le médecin, acceptation de l’inéluctable) dans lesquels le temps est compté, la progression de la maladie étant visible sur le corps de Maggie. Ce cinéma du ressentiment trouve son sens grâce à une interprétation crédible des deux acteurs principaux, nous livrant chacun des performances touchantes, sans tomber dans la mièvrerie ou l’apitoiement. Abigail Breslin campe aisément une Maggie adolescente face à une situation tragique, confrontée à la vision de la vie quittant peu à peu son corps. La jeune actrice ne se laisse jamais gagner par la complaisance, bien que son interprétation toute en retenue, soit teintée par moments d’une regrettable fadeur. Cependant, on est essentiellement surpris par le jeu d’ Arnold Schwarzenegger, habitué aux rôles« virils » au sens littéral (dont Conan le Cimmérien en est le parangon), ou aux rôles plus comiques, tirant parti du contraste entre l’apparence et l’image « colossale » de l’acteur avec les situations dans lesquelles est placé son personnage (Un Flic à la maternelle d’Ivan Reitman en 1990, ou Last Action Hero de John McTiernan en 1993, et autres choix artistiques visant à adoucir son image afin de préparer sa reconversion politique). Dans Maggie, l’ancien gouverneur de Californie se montre bien plus minéral qu’à l’accoutumée, Wade Vogel nous apparaît alors comme un homme aux antipodes de ce que son physique peut laisser paraître, simplement un père dépassé et impuissant face au mal qui consume son enfant. Malheureusement, bien que les acteurs nous livrent objectivement des performances correctes, Maggie leur donne une saveur bien plus âpre, tant le film se complait fréquemment dans l’approximation et la surenchère.

Alors que le long métrage se veut être une plongée intimiste dans le quotidien tragique d’une famille moyenne américaine, le scénario n’est pas, à l’image de la retenue dont peuvent faire preuve les acteurs, une série B fantastique tragique, le cinéaste préférant, hélas, laisser la place à un mélodrame sirupeux. En conséquence, la liaison sentimentale qui tend à être créée entre les personnages et le spectateur ne survient jamais, car la fiction ne possède jamais de profondeur crédible. Alors que Maggie devrait mettre en scène des séquences de dialogues, ou de rapprochements entre les protagonistes, le scénario fait le choix de nous présenter des scènes solitaires aux longs silences pesants ponctuées, par moments, de passionnants soupirs sur fond de musique angoissante. La musique est d’ailleurs le second point le plus négatif du film. Redondante et assourdissante, elle est également omniprésente. David Wingo (pourtant habitué à cet univers modeste et attachant, lui qui a composé les bandes originales de Mud de Jeff Nichols en 2012 ou Joe de David Gordon Green en 2013) a composé pour Maggie une bande originale qui tend plus à de la musique d’ambiance de série policière du calibre des Experts, CSI, ou d’Esprits Criminels, qu’à de la musique de film. Son travail apporte au long métrage une épaisseur asphyxiante, que vient achever le travail du réalisateur.

En effet, la réalisation est ce qui nuit, le plus, au long métrage. Approximative et maladroite, on n’y trouve aucune maitrise, ainsi qu’une absence totale d’idée visuelle forte. Maggie est presque entièrement filmé caméra à l’épaule, avec une échelle de plan exclusivement serrée (allant du plan-poitrine aux gros plans, malgré de rares establishing shots ou plans d’ensemble), le tout vu à travers de longues focales. Naturellement, ce choix esthétique rend la profondeur de champ quasi-inexistante, et, en aucun cas nette, ceci marié au tremblement perpétuel de la caméra aboutissant à un résultat abscond. On ressent ici l’inexpérience du réalisateur, et non pas un choix artistique délibéré, qui n’est d’ailleurs en aucun cas original, car on le retrouve bien mieux utilisé chez d’autres auteurs (Darren Aronofsky dans The Wrestler ou Black Swan, Paul Greengrass dans Greenzone, Neill Blomkamp dans District 9 ou Elyseum,…). Ce manque de contrôle ne fait qu’accentuer l’aspect suranné du film, le transformant dramatiquement en un produit artificiel et inaccompli.

Le premier film d’Henry Hobson souffre donc de bien trop de défauts pour atteindre le but qu’il s’était fixé, à savoir toucher les sentiments du spectateur. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, et il en va de même pour les spectateurs, Maggie tombe dans le piège facile du mélodrame complaisant, qui cherche, par tous les moyens, les plus rapides et faciles, à faire vibrer la corde sensible d’un spectateur extatique devant autant de pauvreté formelle. Pourtant, l’axe de réflexion engendré par l’utilisation originale du genre filmique pouvait être intéressant, et de surcroît, les acteurs ont, eux aussi, réussi tant bien que mal à donner un semblant de crédibilité à une histoire endimanchée. Néanmoins, nous ne sommes jamais touchés par la famille Vogel, l’émotion reste littéralement absente du long métrage.

Au final, la surenchère de fioritures esthétiques fait de Maggie un film invraisemblable, un film qui – pour paraphraser le verbe de Jacques Brel dans Ces gens-là- « voudrait bien avoir l’air, mais n’a pas l’air, du tout ! ».

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