Major Lazer, en mission

Hier encore, nous n’avions pas encore vingt ans et à chaque soirée des personnes se mettaient à twerker, chaque fois que les premières notes de Watch Out For This passaient dans les enceintes. Il est vrai qu’à première vue cette épilepsie du séant pouvait sembler étrange, et poussait plus à vouloir appeler le 15 qu’à tenter le même mouvement. Toutefois, la surprise du premier booty shake passée, une fois les yeux habitués à la lumière de l’étrange, comme les yeux de l’homme sortant de la caverne, ils s’habituèrent à la lumière de la réalité (oui, bon on n’est pas sûr que Platon aurait validé), on en est venu à se dire que Diplo, et son projet Major Lazer, avaient de beaux jours devant eux. Le premier juin est sorti Peace is the Mission, dernier LP de la bande et on a écouté ça pour vous.

En s’emparant de la musique jamaïcaine fouettée à la sauce électronique, Diplo, avec Major Lazer, a démontré toute l’efficacité sonore et rythmique dont il était capable. C’est un peu comme Andy Roddick de 2003. La balle montait haut au service, puis l’épaule venait actionner la raquette pour te claquer un ace à 240 dans les ratiches. Pas de chichis, pas de revers à une main, élégant à la Federer, ou un beau service slicé façon Nadal. Avec le précédent album, cette énorme machine à danser, avait privilégié l’efficacité à la finesse. Le pointu, plutôt que la frappe enroulée en lucarne. Rassurez-vous, pour Peace Is the Mission, la recette est la même.

On commence donc par des sonorités très rythmées, assez brutes de décoffrage, avec ce qu’il faut d’aguicheur. On y ajoute des copains appréciés de tous, tels que MØ, Ellie Goulding, 2 Chainz, Chronixx, Wild Belle, etc… Puis on t’asperge ça à la sauce Soundsystem.

On peut vous dire que ça tient au corps !

On en convient donc qu’on n’est pas dans des hautes sphères mélodiques, qu’on ne se retrouve pas face à un Velázquez musical, mais on est pris au piège et ça marche, on ne peut qu’écouter, se lever et danser. En fait, à bien y réfléchir, ça nous rappellerait presque cette scène auréolée, et non olé olé, (attention blague) des Blues Brothers où la Pingouine leur fait comprendre qu’ils sont en « mission pour le seigneur ». Diplo aussi est en mission : vous faire danser jusqu’à l’épuisement.

Pour conclure, on citera un grand poète. Peut-être était-ce Aimé Césaire, ou peut-être confondons-nous avec Kaaris, en tous les cas celui-ci disait très subtilement : «le son est tellement lourd qu’il est d’une obésité morbide». Une citation puissante, forte qui vous reste en tête, tout comme Peace is The Mission de Major Lazer.

PS : Le barnum de la bande à Diplo sera le 1er octobre à l’Olympia. On vous aurait bien dit de vous jeter sur les places pour y aller, mais il n’y en a plus. Enfin nous en tout cas on a les nôtres…

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