Matera capitale européenne de la culture : portrait d’un site troglodytique

En 2019 la capitale européenne de la culture sera Matera, une petite ville du sud d’Italie célèbre pour ses habitations troglodytiques. La nomination revêt une importance particulière à la lumière de l’histoire de cette ville, qui dans les années cinquante, était décrite comme « honte nationale » à cause de l’extrême misère dans laquelle vivaient les habitants, les Sassi, pourtant déjà inscrite en 1993 dans la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

L’histoire de Matera remonte loin, très loin, au Paléolithique. Les habitations creusées dans la roche ont été dotées par leurs occupants de citernes et de fresques, ainsi que des outils nécessaires à la survie de la vie rurale.

Aujourd’hui considérés, comme « exceptionnel exemple de bio-architecture », les Sassi ont cependant été jugés dans l’après-guerre, comme « honte nationale ». Matera avait ainsi été nommée en 1948, par Palmiro Togliatti (1893-1964), chef du Parti Communiste, à cause des misérables conditions de vie de ses habitants. Emu par cette pauvreté, il décide avec Alcide De Gasperi (1881-1954), d’offrir des meilleures conditions à ces quelques 15.000 personnes. Une loi spéciale fut signée en 1952 pour décider l’évacuation des Sassi. Au cours des années ’60 et ’70 ils furent délogés, et installés dans un nouveau quartier résidentiel construit dans la partie haute de Matera.

Carlo Levi (1902-1975), l’auteur du Christ s’est arrêté à Eboli est le premier qui a décrit la misère et la beauté des Sassi. Egalement peintre, Levi a représenté les paysans Sassi dans de nombreux tableaux. Pier Paolo Pasolini (1922-1975) qui alla jusqu’en Palestine à la recherche du bon cadre pour son film L’évangile selon Matthieu , retourna sur ses pas et, pas comme le Christ, il s’arrêta à Matera pour le tournage. Le musée d’art médiéval et moderne de Matera, propose en ce moment, et jusqu’au 25 janvier prochain l’exposition : « Pasolini à Matera. L’Evangile selon Matthieu cinquante ans près ».

Le 14 octobre dernier, Matera à été choisie pour être capitale européenne de la culture en 2019, avec Plovdiv en Bulgarie. Le jury, composé de treize membres, six du gouvernement italien et sept des institutions européennes, a donné 7 votes favorables à Matera, qui a ainsi surclassé les autres villes finalistes, Cagliari, Lecce, Perugia, Ravenna et Siena. Après avoir été le premier site Unesco du sud d’Italie, Matera est aussi la première ville italienne du sud à obtenir ce titre. Les motivations qui justifient la victoire de Matera, sont une bonne gouvernance du projet, la participation active des citoyens, la grande créativité des initiatives programmées, la dimension durable et européenne du projet, la valorisation de la diversité culturelle des Pays membres, ainsi que leurs aspects communs. Si Matera a remporté le titre, c’est aussi grâce à la base économique que la ville a construite pour les projets, en créant une fondation qui a déjà recueilli la moitié des fonds nécessaires (50 millions d’euros au total). Le slogan de la ville des Sassi « Open Future », fait référence à l’histoire, si ancienne de la ville, qui est une richesse à transmettre au futur dans un projet culturel horizontal, participatif et de partage.

Pasolini disait avoir trouvé en Matera la confirmation de son idée : « Pour moi spirituel c’est esthétique, pas religieux. Mon idée est que les choses, plus elles sont petites et humbles, plus elles sont grandes et belles dans leurs misère. » En espérant qu’un titre européen si prestigieux, ne dénaturera pas l’authenticité de ce lieu unique au monde, mais contribuera à sa connaissance et au développement de la région plus pauvre d’Italie.

Que l’Italie d’abord, et l’Europe ensuite, se soient rendues compte de la puissance esthétique et historique de ce lieu, peut laisser quelques espoirs à un développement culturel, qui soit alternatif aux grands centres de consommation culturelle, souvent équivalents au grands centres de consommation commerciale. Il reste néanmoins le titre de « capitale » assez autoréférentiel et peu adapté à une réalité qui est, et qui restera, on l’espère, rurale.
Cela reste à inventer…

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