Michelangelo & Sebastiano – Intimité exposée

La National Gallery présente en ce moment une incroyable exposition autour du travail de deux artistes : Michel Ange et Sebastiano del Piombo. L’événement est visible jusqu’au 25 juin.

C’est la première fois que le travail de ces deux artistes est mis en regard. Les oeuvres exposées sont de très grande qualité, et certains prêts n’avaient pas quitté leur collection depuis des siècles !

L’exposition propose de découvrir les talents complémentaires des deux peintres, qui pourtant paraissent diverger en tout point. Le musée a rassemblé près de 70 oeuvres : dessins, peintures, sculptures et correspondance afin de mettre en lumière les similitudes, et les échanges, entre le travail de ces artistes.

Remettons un peu les choses dans leur contexte ! C’est en 1508 que Sebastiano arrive à Rome, à une époque où la scène artistique de la ville est fortement dominée par Raphael. Les mécènes poussent les artistes à la concurrence, en encourageant chacun à se surpasser afin d’accéder, un jour, à la gloire. Michel-Ange – lui – souffre de sa comparaison constante à Raphael. Les deux hommes font connaissance en 1511 lorsque Michel-Ange travaille sur le plafond de la chapelle Sixtine. Ils décident alors de s’allier pour contrer l’influence de Raphael qui croule sous les commandes.

Une curation remarquable

La relation entre Michel-Ange et Sebastiano a longtemps été enseignée, et pendant de nombreuses années elle existait de notoriété commune. Cependant, au cours du XXe, peu à peu, toute trace de cette amitié s’efface alors que les deux artistes étaient, alors, cités comme égaux. Il est dommage que le souvenir de cette relation se soit effacé avec le temps, à une époque où la Renaissance était en pleine effervescence artistique. La National Gallery rappelle la mémoire, l’amitié des deux artistes et c’est avec plaisir que l’on parcourt ses allées pour découvrir leurs oeuvres.

Les oeuvres exposées se confrontent, se répondent, dialoguent et nous racontent une collaboration oubliée.

Leur tout premier travail commun était La Pietà de Viterbe. Bien sûr, vous connaissez sans nul doute la Pietà de Michel-Ange, mais une toute autre découverte est leur oeuvre commune qui déborde de finesse, et est une prouesse de précision. La Vierge apparait au beau milieu d’une tempête qui fait pencher les arbres, le vent souffle, la toile est sombre et la lune voilée. Les mains jointes, implorantes, de Marie ont été dessinées par Michel-Ange. Elles donnent toute sa force à la Vierge qui se lamente dans un paysage nocturne, qui lui, a été introduit par Sebastiano à Rome. La National Gallery va encore plus loin, en nous permettant de voir le verso du tableau, et d’y découvrir des esquisses au crayon, attribuées à Michel-Ange. Les traits de ces coups de crayon rappellent les formes peintes sur le plafond de la Sixtine, chantier que l’on sait proche géographiquement de l’atelier de Sebastiano.

Un vrai plaisir que de pouvoir admirer ce travail, mais surtout de découvrir le dos de cette œuvre, et ainsi rendre presque palpable la relation, et la collaboration, de ces deux virtuoses de la Renaissance.

A la suite de ce chef d’oeuvre, Sebastiano reçoit deux commandes capitales : le décor de la Chapelle Borgherini ainsi que La Résurrection de Lazare.

La National Gallery reconstitue, pour notre plus grand plaisir, la composition monumentale réalisée par Sebastiano. On peut découper et lire la composition selon 3 parties : La Flagellation, La Transfiguration et La Résurrection de Lazare qui est présentée dans la salle suivante. Cette fresque est immense, tout simplement grandiose. 40 personnages peuplent cette réalisation, et prennent vie sous nos yeux. Un régal !

Plus loin : on nous invite à contempler deux Christs Rédempteurs sculptés par Michel-Ange. Il sculpte Les Christs à deux époques de sa vie, et l’on comprend ainsi le cheminement artistique de Michel-Ange.

Les oeuvres choisies l’ont été avec justesse et finesse. La scénographie fait dérouler l’histoire de la collaboration entre les deux hommes de manière fluide. On comprend, pas à pas, leur avancée personnelle, comment ils se sont trouvés et aussi comment ils se sont quittés. Une querelle, insignifiante en soi, mais qui laissa un gout amer à Michel-Ange qui rompit son amitié avec del Piombo jusqu’à sa mort. Les lettres exposées peuvent en témoigner. Et c’est en cela que l’exposition est fascinante et fabuleuse, car en plus de pouvoir admirer des toiles, des sculptures et des croquis, le fait d’avoir en face de nous des lettres manuscrites de Michel-Ange relève franchement de l’émerveillement. Les correspondances prouvent la proximité des deux génies et leur désir commun de tout faire pour évincer Raphael.

Bien que leur amitié ait été stoppée, nous ne pouvons que nous souvenir de leur complicité puisque Sebastiano a peint Michel-Ange débordant de gaité, lui qui était connu pour son côté solitaire et dépressif.

Une réussite

En résumé, une exposition réussie, qui permet de redonner sa place à Sebastiano del Piombo. Michel Ange a longtemps été reconnu comme un génie, toutefois il ne faut pas oublier son collaborateur et ancien ami.

Del Piombo maitrisait avec brio l’art du portrait et de la couleur. Il savait également manier parfaitement l’huile car il en connaissait tous les inconvénients. La National Gallery parvient à redonner sa place à Sebastiano au sein de la Renaissance, et on est ravi de redécouvrir son travail et son génie.

Vous avez jusqu’au 25 juin pour aller faire un tour à Londres, et à la National Gallery. De plus, les beaux jours sont là alors autant en profiter !

Crédit photo : © National Gallery

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