Microbe Photogénique

 

 

Seung-Hwan Oh est un artiste qui travaille d’une façon tout à fait remarquable. Ce photographe microbiologiste réalise des clichés hors du commun.
Il cultive des champignons, qu’il va appliquer à ses films photographiques. Il les place ensuite à l’intérieur de son appareil, et réalise ses clichés.

Le microbe dévore petit à petit la photo, le résultat est dément !
Quand on entend champignon sur une photo, on s’attend, il faut l’avouer, à voir arriver des images vertes et blanches, couvertes de grosses taches informes, un peu ici et là. Lorsque l’on contemple les clichés de Seung-Hwan Oh, c’est un tout autre spectacle qui s’offre à nous. Le cliché est complètement vivant, les visages sont comme grignotés, les couleurs sont envoûtantes. Elles ondulent sur les sujets pour mieux s’en emparer.
L’image est parfois nette par endroit, parfois complètement floue. Le résultat final est d’une délicatesse, d’une beauté, bien que ce soit la faute d’un microbe, auquel on ne peut croire.
Ici les couleurs sont vives, denses et pourtant elles paraissent légères, et semblent flotter sur les personnages. Elles s’entremêlent, ne font qu’une à certains moments. Les couleurs ne détruisent absolument pas le modèle qui se cache derrière, elles viennent ici le magnifier. On met un peu plus longtemps à le distinguer, ainsi on prend son temps pour regarder, admirer, comprendre.

Le microbe permet ici de souligner le côté « mortel » du travail du photographe. L’œuvre d’un point de vue matériel est vouée à disparaître, mais également l’idée même du photographe. Seung-Hwan Oh tente de mettre en lumière le caractère éphémère de la vie. La destruction de la photo par la bactérie, représente ici, la non maîtrise du temps qui nous est imparti. Comme si l’artiste tentait de figer la disparition de l’être humain.
Il ne sait jamais comment ressortira le cliché, il ne maîtrise absolument rien. Les microbes rongent la photo, mais surtout le modèle. Il disparaît petit à petit sous les couleurs mortelles. Il s’efface de façon aléatoire. C’est pareil pour l’être humain. On ne sait jamais vraiment ce qui est prévu, quand tout va s’arrêter…

Crédits photo : Seung-Hwan Oh

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