Miracle à Milan

Miracle à Milan de Vitorio De Sica, est un film pour enfants et adultes que nous devons tous regarder à Noël. Un film poétique, tendre et rassurant, naïf, beau et spectaculaire. Finalement un film de Noël doit être un cadeau, divertir, soulager, consoler et raconter une histoire simple, douce et remplie d’optimisme. Nous ne devons pas ancrer en permanence notre cœur d’enfant, dans un réalisme noir et fataliste. Noël devient une parenthèse, une histoire d’enfants s’adressant à tous, il faut dire la vérité et surtout, ne pas oublier de mentir. Un miracle c’est un peu ça, un mensonge qui dit des choses vraies. Miracle à Milan n’a pas lieu pendant la période de Noël, certes. C’est une fable, un conte, un poème en plein hiver. On y distribue des cadeaux en quantité, les pauvres deviennent riches, les méchants un peu moins. Il ne suffit pas de mettre un sapin, une dinde, des guirlandes et une histoire familiale pour respirer l’odeur de Noël. Je ne suis, personnellement, pas du tout attaché à ce décor social. Regardez Miracle à Milan en décembre, dites-vous que l’histoire se passe à Noël, et tout prendra sens. Oubliez vos yeux d’adultes, sinon l’histoire de toto vous laissera de marbre.

Toto naît dans un chou, élevé par une pauvre femme au milieu des bidonvilles. Déjà âgée la vielle dame décède et laisse toto orphelin. Il quitte l’orphelinat tout sourire, pauvre mais joyeux et naïf. Son premier contact avec le monde des hommes est surréel, pas pour lui, mais plutôt pour le voleur qui décida de prendre son sac. Lorsque Toto s’aperçut du vol, il courut à la recherche du criminel. Une fois rattrapé, Toto lui proposa de garder le sac, par simple compassion et empathie. Ce sera le premier cadeau de Toto. Il continue sa balade curieuse dans les rues de Milan, en plein hiver. Il croise des travailleurs sur une place, et décide de les aider gratuitement. Ce sera son deuxième cadeau. Toto, vous l’aurez compris, est un jeune homme généreux et partageur. Son charisme prendra de l’ampleur tout au long du film. Il finira par s’installer avec son nouvel ami clochard, sur les cartons entouré par toute une communauté de misérables. Ça sent Charlot et ses errances urbaines improbables. Effectivement, non seulement le thème aborde la pauvreté, la débrouille et les inégalités sociales (la classe des riches vs celles des laissés- pour- compte) mais la mise en scène du réalisateur touche du doigt le sens du comique chaplinesque. Il faut être aveugle pour ne pas le voir. Il ne s’agit pas d’une pâle copie, mais d’une réalisation prodigieusement drôle. La scène où les clochards suivent les rayons de soleil afin de se réchauffer, tels des insectes ou paquets de crabes, mériterait toutes les palmes d’or du monde (souhait réalisé, le film a été primé à Cannes). Toto aide tout le monde autour de lui et résout tous les problèmes, il sert de conciliateur, d’éducateur, de prof etc. Le bidonville qu’ils construisent tous ensemble, se situe juste au dessus d’un immense puits de pétrole. Évidemment la communauté s’enflamme et rêve, mais les méchants capitalistes ne sont pas loin. Toto organise sans violence la résistance face au futur potentiel propriétaire du terrain vague. Les scènes d’attaque/défense sont surréalistes et drôles. Les personnages sont caricaturaux, tout autant que les personnages théâtraux du cinéma muet. Toto comme par magie, accompagné d’une fée devient un génie et exauce tous vos vœux. Vous l’aurez compris, Toto le Djinn ne pourra rendre heureux grâce à ses cadeaux, le bonheur reste ailleurs. La fable est convenue, néanmoins le style De Sica nous absorbe totalement. Habitué par son néoréalisme (Le voleur de bicyclette, Umberto D etc) , le réalisateur nous livre ici une autre part de vérité. Celle du fantasme, de la rêverie et du mensonge aussi. Tout comme à Noël, De Sica met de la lumière sur le noir, et le réel brille un peu plus, il est soulagé.

Le film est un hommage à Zavattini (scénariste de Vitorio De Sica). « Zavattini et moi, nous avions peur que le néoréalisme devienne une formule ; nous avons alors fait cette tentative qui consistait à appliquer le néoréalisme à toutes les formules du spectacle et donc aussi à la fable » (in Giancarlo Governi, Vittorio De Sica, Parlami d’amore Mariù). Le film fut censuré par le gouvernement italien. Notamment la fin, où les personnages s’en allaient dans le ciel vers de nouveaux horizons, les policiers leur tirant dessus. Ils s’échappèrent mais ne trouvèrent ailleurs que des propriétés privés. Les censeurs y voyaient une critique du capitalisme pro-communiste. L’histoire de l’Italie ne pouvait passer cela en 1951, le gouvernement n’a rien compris. Malgré tout, De Sica réalisa un véritable chef d’œuvre, subtilité de l’art, la censure ne peut rien face à l’émotion.

 

 

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