MOMMY – XAVIER DOLAN

Le dernier film de Dolan, dont nous connaissons l’engouement médiatique , nous expose l’histoire d’une relation entre une mère et son fils. La mère, Diane, auto-surnommée Die, vit sur la brèche, sans argent ni travail sûr. Le fils, Steve, est atteint de graves troubles psychiatriques qui se manifestent par des accès de violence terribles.

Mommy est très certainement un film dont on ne sort pas indemne. Il provoque, il fait ressentir. Il pousse dans des retranchements émotifs rarement égalés au cinéma. L’histoire est dramatique à souhait et les acteurs la portent avec une finesse que nous ne pouvons qu’applaudir.

Le choix du cadre (1:1, carré) ne réduit en rien la portée émotive du film, au contraire, puisqu’il nous contraint à être au plus près des personnages, comme s’ils étaient des portraits vivants. Ce choix cependant exclut la possibilité pour le spectateur, de se reporter sur autre chose que ces personnages, et dans les passages de purs dialogues, sans émotions exacerbées ou cris, le champ/ contre champ simple donne une impression de longueur et d’ennui.

Xavier Dolan semble avec Mommy jouer uniquement sur l’émotion à l’état brut. C’est un film qui nous porte comme un fleuve dans un déluge de larmes, de cris et de coups, mais dont rien d’autre ne ressort.

Quelques heures après avoir quitté la salle et nous être remis de l’électrochoc émotif du film, il semble que nous soyons face à un artifice bien dissimulé, mais à peine: un “art du grand spectacle” où l’émotion l’emporte sur le contenu, annulant les chances du film de prendre une portée autre qu’émotive.

L’histoire de cette relation d’amour incroyable entre Die et Steve, cette histoire qui pourrait donner lieu à des questionnements de la part du spectateur, est réduite au côté artificiel – oserais-je dire facile? – de l’émotion avant tout, et ramène le film dans une optique de “cinéma de divertissement” au sens premier, telle qu’était la vocation unique du cinema à ses débuts.

Cette émotion trop vive, et cette implication trop entière du spectateur dans l’histoire, ne lui permet pas cette mise à distance, si infime soit-elle, sans laquelle une oeuvre d’art n’atteint pas sa plénitude. Si l’objectif de l’artiste est de faire pleurer le spectateur, il ne peut l’être totalement. Ici est offert un seul degré, une seule possibilité de lecture du film.

Malgré des qualités que nous ne pouvons nier: une direction d’acteur exceptionnelle, des idées de plans, de scènes très belles et cette capacité à retracer et à faire vivre des émotions dans l’excès, Mommy entraine une frustration à terme.

C’est dommage, et ce film n’est pas celui qui rend le plus hommage au talent de Xavier Dolan. Il a su mieux s’exprimer, de façon plus complexe et complète, au travers de deux autres de ses films –Laurence Anyways en particulier, mais aussi Tom à la ferme.

 

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