Nairobi Half Life

Un film de David Tosh Gitonga, réalisateur kenyan

 

Le film raconte l’histoire d’un jeune kenyan quitttant son village pour la capitale : Nairobi. Mwas, le personnage principal incarné par le talentueux Wairimu, est un garçon innocent, mais pas sans ressources, qui rêve de devenir acteur. Le scénario semble classique, toutefois sa mise en place est originale, et l’esthétique de l’image peut suffire à susciter l’intérêt du spectateur.

 

Les contrastes qui existent dans la ville de Nairobi sont étonnamment bien dépeints. Entre les quartiers populaires où s’entassent les matatus*, et où se revendent des pièces détachées de voitures volées – derrière Moi Avenue-, le célèbre Black Diamond, -le bar branché des jeunes kenyans et mzungus* dans le quartier de Westland – ou encore un passage avec prise de vue rapprochée sur le plus grand building du City Center, arpenté par la fameuse affiche « Johnny Walker », le nairobien saura apprécier ce film qui lui est quelque peu dédié –

 

Pour ceux qui ne connaissent pas Nairobi, l’esthétique du film suffira à les convaincre de s’y intéresser. L’assemblage des scènes donnent un bon panorama des différentes ambiances et des contradictions fortes de ce pays en pleine transformation économique, sociale et politique. Le réalisateur s’attache à vouloir confronter un monde ostensiblement « noir », celui des gangs de Nairobi et de ses environs, et le monde artistique du théâtre, où Mwas fréquente une classe plus éduquée, et est plongé dans l’univers culturel.

Une grande partie du film se déroule dans l’univers des gangs, la violence, même apparente, n’est pas dérangeante. Il ne s’agit pas, en effet, d’une succession de scènes de bagarre, avec coups, sang et blessures, où l’on réduit l’expression de la violence à son caractère naïf et sa représentation exagérée. La caméra, grâce à ce traitement de la violence, s’évertue à se concentrer sur les expressions du visage. La représentation de la violence a le mérite de montrer une réalité plus juste,mais inhumaine, à l’image de ce qui se passe chaque jour dans beaucoup de villes, au sein de nombreux gangs. Cette violence apparaît finalement plus poignante et plus profonde, car presque compréhensible.

 

Malheureusement, ce qui diminue l’intensité du film, c’est le scénario qui paraît, parfois, moins travaillé. Certes, le réalisateur sait représenter Nairobi dans ses traits de grande capitale dynamique d’Afrique, où des problèmes récurrents de sécurité existent, mais l’accumulation des catastrophes et situations malheureuses du jeune Mwas laisse perplexe, et fait apparaître la ville comme exagérément dangereuse et en état d’alerte constant.

 

La violence et les traquenards sont présents dans Nairobi, et l’histoire de Mwas pourrait être l’histoire de n’importe quel autre kenyan. Cependant, la critique que l’on peut faire au réalisateur est celle d’avoir peut-être trop voulu se rapprocher de la fameuse expression « Nai-robbery » : vol, prison, car jacking et meurtre. Cette accumulation a pour effet de minimiser l’intensité du message de « Nairobi Half Life ».

En effet, la vraie question que pose le réalisateur, à travers le parcours initiatique de Mwas dans cette grande métropole et la succession de ses mésaventures, est celle du questionnement du parcours de la vie. Avons-nous décidé d’être qui nous sommes ? Sommes-nous réellement maître de notre destin ? Cette réflexion poussée à bout pose la question du hasard mais surtout celui de la liberté.

 

A noter la belle performance de deux autres acteurs : Maina Olwenya dans le rôle d’Oti. Mwas rencontre ce gangster futé lors de son premier jour à Nairobi, en prison, ce dernier décide de le prendre sous son aile touché par l’innocence du jeune villageois. Également, la petite amie d’Oti, unique protagonniste féminin, incarné par Nancy Wanjiku, actrice établie, dans le rôle de la prostituée, à la fois touchant et authentique. Ces deux acteurs ont permis de rendre le jeu encore plus humain et attachant.

 

Gitonga nous livre ici un film qui a été très bien pensé, qui peut autant attirer les kenyans que les mzungus. Il tient à nous montrer une réalité, certes parfois exagérée, de la cruauté des gangs mais aussi de la particularité d’une grande ville comme Nairobi. Malgré les défauts d’accumulation de scènes caricaturées, et parfois,celui de ne montrer qu’une façade de Nairobi, Gintonga arrive à transmettre au spectateur ce “petit quelque chose” qui suscite tant d’intérêt pour le Kenya, grâce au jeu des acteurs, et à l’esthétique de diçfférents plans . Ce goût inexplicable que l’on rencontre toujours pour Nairobi.

 

  • matatu : sorte de petits bus, très présent au Kenya

  • mzungus : on appelle ainsi les étrangers

     

    Charza

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