Near Death Experience, Gustave Kervern et Benoît Delepine (14/09/2014)

Paul (Michel Houellebecq), la soixantaine, marié et père de deux enfants, employé chez France Télécom est las de son existence vide de sens. En plein « burn-out » un vendredi 13, il part dans la montagne avec une seule idée en tête : se suicider.

Si cet OFNI (Objet Filmique Non Identifiable) dérange, c’est sans doute dû au constat amer, mais tristement véridique, que dresse Paul sur la misère affective de l’homme contemporain, thème cher à Michel Houellebecq qui incarne Paul avec brio, à tel point que l’on finit par ne plus savoir qui est qui. De par la mise en scène très simple, alternance de plans séquences à la mise au point quasi inexistante et au calme plat, le duo « grolandais » plonge le spectateur dans un état de léthargie qui pourrait être méditatif s’il n’était pas ponctué par quelques bâillements. Sentiment renforcé par le fait que l’on voit exclusivement Michel Houellebecq. Les autres ne lui suscitent plus aucune émotion, à tel point qu’ils ne sont pas jugés intéressants à montrer. Si l’on rit, on rit jaune tant notre propre vie peut nous paraître absurde. On attend le suicide de Paul, une action, quelque chose. En vain. Il n’y a que la nature et un homme qui semble bel et bien en pleine « near death experience » (expérience de mort imminente).

Paul subit tout ce qu’il lui arrive, il n’est jamais vraiment présent à cent pour cent, y compris lors de ses tentatives (avortées) de suicide. Il passe d’ailleurs par toutes les étapes de l’état de mort imminente, tellement mince et silencieux qu’il se fond dans le décor, ce qui contribue à penser qu’il est déjà à moitié mort. Lumière de soleil couchant, bilan de son existence mené par la voix terne et difficilement compréhensible de Paul/Michel. Rencontre avec une entité spirituelle sous forme de voix intérieure assez grotesque, pour finir par un sentiment d’amour infini, de paix et de tranquillité, que Michel Houellebecq ne montre pas ou très peu, prisonnier de sa mono-expressivité.

Indépendamment de Michel, on subit, nous aussi, cette expérience qui nous laisse dubitatifs ou comme Paul/Michel, au bord du suicide.

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