Niki, sa violence c’est en couleurs qu’elle la crie

L’exposition Niki de Saint Phalle au Grand Palais est haute en couleurs, et tranche avec le froid de l’hiver.

Lorsque l’on évoque Niki, on pense tout de suite à ses fameuses Nanas aux tons vifs et acidulés.
Or, l’oeuvre de l’artiste ne respire pas toujours la joie et la bonhommie, et c’est ce que tente de dévoiler cette exposition.

L’exposition est organisée de façon chronothématique, la muséographie est bien pensée, on a réellement le sentiment d’être dans son esprit mais également dans son salon, son jardin.
La première salle de l’exposition se nomme « Peindre la Violence ». Une certaine rage émane des oeuvres accrochées, on le remarque avec Confetti, de 1959. Beaucoup de couleurs, une matière picturale dense et confuse. On ressent, d’ores et déjà, la passion qui déchire l’artiste. On est frappé par le caractère dur de ses créations.
On avance et là on fait face à des Napoléons en Jupons, ces oeuvres de grand format interrogent la féminité, la sexualité, le genre. Ces thèmes ne sont pas du tout abordés dans la douceur. La question que se pose l’artiste nous prend à la gorge, on est assommé. Puis, vient la question de l’accouchement. Encore une fois, ce sujet est abordé de façon plutôt brutale.
Des vidéos accompagnent souvent les oeuvres. On regarde l’Accouchement Rose et on entend Niki expliquer son délire spirituel, elle a besoin d’extérioriser à tout prix.
Le sujet de la reproduction, de la femme, de son rôle en tant qu’individu est très important alors chez la jeune femme. Elle met en relief et couleurs ses doutes, ses interrogations, mais également son désir d’émancipation de la femme. C’est vers cela qu’elle se tourne, et c’est ce que nous offre la suite de l’exposition.

On entre dans une nouvelle pièce : « Une nouvelle Société Matriarcale ». On admire ici plusieurs oeuvres faites de papiers collés, de résine, de laine. Des matières organiques qui viennent souligner, plus fortement encore, la thématique de la fécondité. Ces femmes aux formes rondes sont le symbole même de la mère nourricière, de la femme qui donne la vie, du cycle humain. Niki de Saint Phalle est en pleine remise en question. Son travail est de plus en plus puissant. On ne peut qu’être submergé par la dureté de ses créations. Et malgré toutes les couleurs, on sent un profond mal-être, presque un traumatisme.

Puis l’exposition entre dans la « Nana Power ». Cette pièce remplie de sculptures, de sérigraphies, et présentant des interviews de l’artiste, nous met quasiment au pied du mur. Le rôle de la femme en tant que mère n’est pas reconnu. Niki explique que c’est un travail à part entière, un travail de chaque instant, de chaque seconde. Elle dit que l’état devrait rémunérer toutes ces femmes qui vouent leur vie à leurs enfants. On comprend ce qui tiraille l’artiste : la différenciation homme/femme que cautionne la société. Avec son travail, elle souhaite délivrer un message clair, et fort pour l’époque : il faut que cette opposition homme/femme cesse.
La femme a le droit d’assouvir ses désirs, qu’ils soient d’ordre spirituel ou charnel. Niki raconte également que la société « sur-scientifique nuit » considérablement au corps.

Vient alors une salle assez sombre, et c’est ici que l’on commence à comprendre l’ampleur de ce qui torture notre artiste. « Mère dévorante et Père prédateur » retrace l’enfance de Niki, l’inceste qu’elle a subi. Ce lourd secret, qu’elle taira jusqu’en 1994, la hante, la tourmente et la ronge profondément. On commence alors à saisir toute la rage qu’elle a besoin d’extérioriser. On comprend ses peurs, ses doutes quant à son rôle de femme, de mère, d’épouse, d’amante.
Cette pièce est assez petite, mais dégage une tristesse et une violence dingues. L’oeuvre qui est près de la sortie met en scène le père de Niki de Saint Phalle, mort, dans un cercueil, et son époux crucifié.

On sort de là assez troublé, mais l’exposition continue. Nous est alors proposée la période « Carabine » de Niki. Elle réalisait des sculptures dans lesquelles elle plaçait des boules de peinture, qu’elle faisait ensuite exploser en tirant à la carabine. Son art lui permet de s’exprimer de plus en plus librement. Elle n’hésite plus à se défouler, à hurler sa haine, son incompréhension. Elle utilise la violence, une arme mortelle pour créer. Elle détruit pour faire naitre, et de ce renouveau, s’échappe son message. C’est cette destruction créatrice qui permet, pendant cette période, de parler, de raconter ses maux.
Le renouveau est également présent avec sa série d’oeuvres triptyques qui font clairement référence à la religion, et à sa place dans la société.

L’exposition se termine doucement avec une thématique importante : la lecture des oeuvres de Niki. En effet, on nous explique que, ses réalisations, se lisent à différents niveaux, et ce dans le but de toucher un maximum de gens. Niki est une artiste qui parle au grand public, qu’elle estime être SON public. Et c’est sur ces mots que nous entrons dans l’ultime salle de l’exposition. Une pièce remplie de compositions monumentales, scintillantes, faisant clairement écho au Parc Güell.
On termine donc l’exposition d’une façon plutôt agréable, on a le sentiment d’être en plein été…

L’exposition du Grand Palais permet de comprendre qui était Niki de Saint Phalle. Malgré son art bling-bling, ces Nanas rondes, la multitude de couleurs, les sculptures qui brillent de mille feux, les sérigraphies ultra colorées ; Niki souffre. Elle hurle sa douleur dans chacune de ses oeuvres. Chaque pièce à une symbolique puissante, et fait référence à son passé, à son traumatisme.
Niki de Saint Phalle est une artiste qui va continuellement s’interroger sur la place de la femme, son rôle et son émancipation.

Une exposition assurément choc à ne pas manquer !

Grand Palais
Jusqu’au 02 Février 2015
Grand Palais, Galeries nationales

Crédits photographies : 1 & 2 & 3

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