Ninjas Turtles (2014) de Jonathan Liebesman

Si on met entre parenthèses l’aspect mercantile du projet (vendre des jouets, le placement de produits typiques de son producteur Michael Bay) et le public visé (les adolescents plus que les enfants d’ailleurs), les Tortues Ninjas (2014) nouvelle génération, incarne de manière totalement fascinante, les différentes mutations esthétiques et narratives du cinéma Hollywoodien des années post-Avatar (2009, James Cameron). Le réalisateur Jonathan Liebesman, ‘’yes man’’ par excellence à Hollywood (World Invasion : Battle of Los Angeles (2011), La colère des Titans (2012)), n’a évidemment aucun pouvoir décisionnaire ; cette tâche étant réservée à Michael Bay, dont chaque plan du film porte ici sa marque de fabrique (Megan Fox, Shredder en mode ‘’Transformers’’, des buildings de New York qui tombent, des explosions, des mouvements de caméra à 180° pour filmer de simples dialogues…). Fils spirituel de Steven Spielberg (producteur exécutif de la saga Transformers), Michael Bay est peu à peu en train de reprendre le flambeau du maître ; son style de mise en scène et ses méthodes de travail sont devenus aujourd’hui des paradigmes universels pour toute une génération de cinéastes, allant même jusqu’à être parodiés (22 Jump Street de Phil Lord et Chris Miller).

Les films Hollywoodiens (aux budgets supérieurs à 100 millions de dollars) sont, au cours des dernières années et sous l’influence de personnalités aussi puissantes que celle de Michael Bay (mais également celle du producteur Jerry Bruckheimer : la saga Pirates des caraïbes ; et le patron de Marvel Studio, Kevin Feige), devenus dépendants d’une formule contestable, mais évidemment indispensable pour les investisseurs. Cette formule type développe, d’une manière assez exponentielle d’ailleurs, l’utilisation des GCI – le numérique remplace de plus en plus les acteurs et les animaux réels dans les films – ainsi que la tonalité plus légère des récits, dont la tendance est clairement à l’ironie (façon ‘’second degré Marvel’’) et à la référence à outrance (apogée de la culture ‘’geek’’ et celle des ‘’médias’’ devenues cultures légitimes).

Dans Tortues Ninjas, les costumes ‘’old school’’ des tortues, qui faisaient d’ailleurs le charme des trois premiers films de la saga réalisés dans les années 1990, se substituent logiquement à des CGI soignés à l’extrême (sauf pour le personnage de Splinter !), qui permettent dorénavant aux personnages d’atteindre une fluidité et une malléabilité essentielles aux séquences d’actions que génèrent ce type de films, et qui visent principalement une dimension à la fois spectaculaire et sensationnelle . L’abstraction visuelle, qui en découle, crée alors une expérience sensorielle souvent ludique et délirante : la course poursuite, pratiquement en chute libre, dans les montagnes enneigées donne un parfait exemple du potentiel presque infini du numérique, capable de reproduire les sensations de vertige inhérentes aux attractions type ‘’Grand-huit’’. On est clairement dans un modèle qui s’inspire avant tout des médiums à la mode tels que le dessin animé ou le jeu vidéo, dont le public cible du film reste le premier consommateur. Mais cette (r)évolution technologique évacue cependant toute sensation de performance à la fois physique (cascades) et esthétique (découpage de l’espace).

Si l’humour – mélange de blagues potaches et de ‘’punchlines’’ maladroites – est bel et bien toujours présent, il est teinté ici d’une réflexivité très contemporaine : on cite allègrement les Batman de Christopher Nolan, la série Lost de J.J Abrams, les Jedis de George Lucas . On fait également du beat boxen pleine séquence d’action ; on chante et on danse sur de la musique Pop. Mais cette ‘’couverture référentielle’’, érigée ici en sommet du ‘’fun’’ et du ‘’cool’’, ne peut cacher le manque d’ambition global du film : scénario programmatique, méchant frustrant, rapports faméliques entre les ‘’frères’’ ainsi qu’avec leur maître. A l’évidence, le film n’a jamais cherché à rendre hommage aux personnages mythiques crées par Kevin Eastman et Peter Laird, et, encore une fois, ce nouveau projet Hollywoodien s’est ‘’contenté’’ de reproduire une formule totalement épuisée mais dont le spectateur ne semble pas être lassé, du moins pour le moment.

 

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