Ode au gras

A Noël on mange, copieusement, pendant des heures et ce, plusieurs jours d’affilée. Gros plats = beaucoup de gras. Et c’est là qu’on peut commencer à parler art. Non ? Si si !

Rebecca Rütten, cette toute jeune photographe allemande, immortalise de bien curieuses natures mortes.
Pizzas, Hot Dog, glaces multicolores, Big Mac et Tacos posent sensuellement sous son objectif.
Les aliments trônent de façon impeccable sur des tissus aux plis travaillés. Les compositions sont réfléchies, rien n’est laissé au hasard. Le rouge de l’emballage des frites Mac Do répond sublimement aux tonalités orangées des cheeseburgers. La salade d’un vert profond se fond dans la nappe de la même couleur, qui souligne le blanc maculé des plats chinois, scintillants presque, tant le caramel fait luire la viande.
Les plus fascinants sont les modèles posant avec des marshmallows, des sandwichs Subway ou encore une Regina. Habillés à la manière de Saints ou de personnages antiques, l’aliment ici, est magnifié. Le Fast Food devient christique, sacré.
La qualité du cliché est parfaite, le rendu est léché de façon folle. On peut admirer chaque détail, passer chaque millimètre au crible. Le poulet frit est tellement dense, la matière picturale de ce cliché est telle, qu’on aurait presque envie de tendre le bras, d’ouvrir la main… et non, impossible !

Cette jeune photographe est clairement inspirée par les œuvres de la Renaissance. Des fresques aux compositions minutieuses, et l’importance de l’antique, du religieux. Chaque montagne de nourriture fait écho à une scène sainte, à un retable. On sent également la présence flamande au sein des œuvres. Notamment, en ce qui concerne la pose des personnages.
L’inspiration de la peinture se fait également ressentir lorsqu’on constate toute la matière qui se dégage de ces photos. L’artiste joue avec la profondeur, elle intègre une couche picturale à un objet qui se veut lisse. Et c’est avec brio qu’elle y parvient.
Ce qui émane aussi, de façon bluffante, c’est que l’érotisme des œuvres de la Renaissance se retrouve ici ! La nourriture se dévoile, dans son plus simple appareil, (la feuille de vigne dans plusieurs clichés en est l’exemple). La nourriture nous fait la désirer.
Les couleurs ne sont pas agencées à la va vite, les formes sont disposées de façon telle, que l’on est complètement subjugué par l’amas de calories qui s’offre à nous.

Vos yeux brillent ? Vos ventres ronronnent maintenant ?
Comme quoi, en cette période de fête, on peut parler art et gras de façon très sérieuse, je vous avais prévenu.

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